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| Anne-Lorraine |
Homélies pour les obsèques d'Anne-Lorraine SCHMITT
Vendredi 30 novembre et Samedi 1er décembre 2007, Cathédrale de Senlis
Intégralité
Enciellement d'Anne-Lorraine : un cœur de reine pour le Roi des rois
Vendredi 30 Novembre 2007
Anne-Lorraine, aînée de 5 enfants, était partie rejoindre les siens pour vivre, en famille, la Messe, dimanche 25 novembre.(Fête du Christ-Roi ndlr)
Elle ne savait pas qu'était venue l'Heure pour elle, d'être intimement unie à Jésus dans sa Passion et sa Gloire. Elle était toujours prête, car prête au quotidien, dans son travail, ses études, ses relations avec les autres, son service de Cheftaine. Elle devait se retrouver avec d'autres journalistes lundi 26 novembre, avec un Evêque, pour réfléchir comment être et vivre mieux comme catholique dans son métier.
Elle s'est trouvée seule, comme Jésus, vulnérable à la Croix. Seule sur son Chemin de Croix. Non, pas seule : la Vierge Marie était auprès d'elle. Vulnérable, mais remplie de la liberté intérieure, de la force que Dieu donne à ses amis, quand l'Heure vient. "Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ?" demande Jésus à ses Apôtres. Non, sur nos propres forces,nous ne le pouvons pas.
Seule face à la haine !
Brusquement, sauvagement, Le Mal s'est alors déchaîné contre elle. "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, craignez plutôt ceux qui tuent l'âme", dit Jésus.
Anne-Lorraine est étroitement unie à Jésus, dans sa Passion. Une attaque frontale du démon en face d'une petite reine : son agresseur ne supportait pas la Lumière qui brillait sur son visage, celle de la Gloire de Dieu qui s'ouvrait à elle et pour elle, allait l'envelopper et la ravir aux siens, comme en 1902, une adolescente de 12 ans, Maria Goretti, son corps transpercé de coups de couteau.
Le corps d'Anne-Lorraine, cette petite reine, ressemble tellement au Corps de Jésus : il n'est que plaies et sang qui coule. Du sang innocent !
Elle a gardé son cœur de reine pour la Reine des martyrs. Son cœur et son corps, pour le Roi des Rois. Elle n'a pas voulu trahir cette amitié avec son Roi en cette Solennité du Christ-Roi de l'Univers.
La voilà maintenant invité aux Noces de l'Agneau. Elle a lavé son vêtement blanc, lui donnant de l'éclat et un jaillissement, dans le sang du martyre. Du martyre de la pureté.
Son enciellement aura lieu samedi 1er décembre, au moment où l'Eglise rentre dans ce Saint Temps de l'Avent. Avant l'Evenement de l'Incarnation du Verbe ; alors que notre bien-aimé Pape Benoit XVI nous donne une méditation sur l'Espérance chrétienne à travers son Encyclique "Spe Salvi"
Du sang innocent versé, par une jeune de 23 ans, pour sa génération. L'offrande d'une vie pour réveiller et susciter une génération de saints, de martyrs. (cf Jean Paul II, Lourdes le 14 aout 1983, lors de la Veillée Mariale , ou encore lors de sa rencontre avec les jeunes en Vendée, en 1996.
Oui, chers jeunes catholiques de France, levez-vous ! Une nouvelle saison spirituelle se vit en France : celle d'une pêche miraculeuse ! Elle se vit à travers le témoignage suprême du martyre pour nombre d'entre nous. La Croix de Jésus est la seule clé qui fera passer le monde dans lequel nous vivons, des Ténèbres à la Lumière. Anne-Lorraine est un appel, un cri qui s'adresse à toi : que fais-tu de ta vie ? Que fais-tu de ton Baptême ? Que fais-tu de ton engagement scout, guide ? Quel sens donnes-tu à ta vie ? Comment vis-tu tes amitiés ? Prépare-toi à faire le don joyeux de ta vie comme prêtre, religieux, religieuse, missionnaire, père et mère de famille... Et, fonce !
Il est imposible de rester purs ou de retrouver la pureté du cœur et du corps, sans une amtié avec Jésus, sans affection envers la Vierge Marie, sans les Sacrements. mais, vous n'êtes pas seuls. Il y a Sainte Maria Goretti ou Laura Vicunia, et tant d'autres, comme aussi Jeanne-Marie Kégelin (18 juin 2004, en la Solennité du Sacré-cœur de Jésus) Il y a aujourd'hui Anne-Lorraine, qui est désormais une puissante intercession pour tous, pour nous obtenir de Dieu que resplendisse dans notre vie cette Béatitude : "Bienheureux les cœurs purs... Ils verront Dieu".
Anne-Lorraine - sans attendre le jugement de l'Eglise sur ta personne, auquel je me soumets - j'ose oui, j'ose te demander d'intercéder pour chacun et chacune de nous ! Nous ne sommes peut-être pas tous appelés au témoignage du martyre de la pureté, mais appelés au témoignage, au martyre de la fidélité à Jésus dans notre monde d'aujourd'hui. Cela, oui. (Cf Jean Paul II - JMJ Rome 2000)
Que ton Enciellement Anne-Lorraine, notre soeur aînée dans la foi et le martyre, fasse de nous des témoins de Jésus, des témoins de "l'Espérance qui ne déçoit pas, parce que l'Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, par l'Esprit-Saint qui nous a été donné". (Rm 5,5)
Entendons au plus intime de notre âme la voix de Jésus me dire : "Petit troupeau, ne crains pas. Je connais ta souffrance et ton chagrin. Offre-moi ta peine, car c'est aussi la mienne. Offre-moi ta révolte peut-être face à ce drame, comme je te comprends... Je suis avec toi, ne crains pas... Offre-moi tes blessures, toutes tes blessures : mon Sang versé te lavera et fera jaillir la vie là où le péché a pu te détruire. te renouvellera. Petit troupeau, ne crains pas, je connais mes brebis. Je sais que tu entends, que tu veux entendre ma voix.... ne crains pas, fonce !".
Père Hubert lelièvre
30.11.2007
Pour les obsèques d'Anne-Lorraine SCHMITT
Samedi 1er décembre 2007, Cathédrale de Senlis
Chère famille,
Chers amis
Et vous chers jeunes si nombreux…
Dimanche dernier, Anne-Lorraine prit le RER à Paris pour venir célébrer la solennité du Christ-Roi, avec sa famille, dans cette cathédrale. C'est son évangile que nous venons de réentendre. Par là-même, nous honorons le rendez-vous manqué. Cet évangile prend un relief tout spécial : nous disons à-Dieu à Anne-Lorraine en tournant notre regard vers notre Roi, le Christ, l'Innocent crucifié et ressuscité.
La plupart d'entre nous, nous avons la chance d'être chrétiens. Certes, notre foi ne nous épargne ni la souffrance ni la mort. Cependant, la foi au Christ nous soutient ; elle aiguise notre sens des responsabilités dans un contexte tendu. Nous sommes au pied de la croix. La mort d'Anne-Lorraine résulta d'un acte d'une violence inouïe. L'irréparable fut commis. Face au mal absurde qui dépasse l'entendement, nous avons conscience, avec la famille d'Anne-Lorraine, qu'il nous faudra non seulement nous remettre de sa mort, mais encore nous prémunir contre un autre danger, moins violent mais plus pernicieux : celui de la rancune qui se légitimerait et qui distillerait dans nos cœurs un venin funeste. Le mal ne ferait que redoubler. Dieu merci, nous n'en sommes pas là. Mais nous en appelons humblement au Christ qui a vaincu le mal. Qu'il nous garde tous dans sa paix. Qu'il nous accorde ce supplément d'âme dont nous avons besoin. Quand le mal abonde, il faut que la charité surabonde.
Je me souviens de cette autre page d'évangile. Les disciples traversent le lac de Galilée. Au milieu de la traversée et de la nuit, une violente tempête se lève. Jésus rejoint la barque menacée. Il marche sur les eaux. A l'appel du Christ, Pierre le rejoint, marchant à son tour sur les eaux. Soudain, se laissant fasciner par les vents hurlants et les flots en furie, Pierre commence à sombrer. A l'appel du Christ et dans un sursaut de foi, il tourne son regard vers Jésus et saisit la main qu'il lui tend. De suite, Pierre échappe à l'abîme pour régner avec le Christ sur les éléments déchaînés (Cf. Mt14,22-33). Aujourd'hui, en raison même du drame que nous vivons, nous détournons nos yeux du mal fascinant pour contempler le Christ ressuscité, vainqueur du péché et de la mort. Et c'est être fidèle à Anne-Lorraine que de vivre cette conversion. Elle aimait contempler le Christ et chanter avec nous : « Seigneur, je n'ai d'autre désir que de t'appartenir… » Frères et sœurs, nous ne sommes pas des fils des ténèbres. Nous sommes des fils de la lumière et des frères du Christ ressuscité.
Nous gardons d'Anne-Lorraine l'image d'une jeune fille au caractère bien trempé et qui croquait la vie avec gourmandise. Sa vie fut pour nous un cadeau. Nous remercions Dieu de nous l'avoir donnée pour fille, pour sœur, pour amie. Sa vie de femme fut brève mais riche et féconde. Recueillons maintenant son témoignage d'humanité et de foi. Pour ma part, après vous avoir longuement écoutés, je glisse quatre fleurs dans le bouquet d'action de grâces que nous déposerons sur l'autel dans quelques instants.
1. Première fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d'une jeune-femme dotée d'une vie chrétienne profonde et bien en place, nourrie par la Parole de Dieu et l'Eucharistie. Sa vie avait le Christ ressuscité pour fondation et pour clé de voûte ; et l'Esprit de son Baptême et de sa Confirmation pour dynamisme intérieur. Elle fait partie de cette génération Jean-Paul II, façonnée par les Journées Mondiales de la Jeunesse, les récollections et les pèlerinages estudiantins.
2. Deuxième fleur. Anne-Lorraine était l'aînée de sa fratrie et elle le restera. Son indépendance de caractère ne retirait rien à l'amour profond qu'elle portait à sa famille et à l'affection prévenante qu'elle témoignait à ses frères et sœurs, avec un humour parfois décapant. Elle entretenait également des amitiés spirituelles profondes. Jésus est l'Ami par excellence. Il nous dit: « Je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jn15,15). Anne-Lorraine est une amie du Christ. Avec ses meilleures amies, elle partageait le travail, les responsabilités, la fête et la prière. Elle puisait l'amour et l'amitié dans le cœur du Christ. Aussi, nous sentons qu'un lien ineffable et éternel nous unit à elle, par-delà ciel et terre, et pour l'éternité. L'amour est plus fort que la mort.
3. Troisième fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d'une étudiante bien de son temps, brillante, intellectuellement curieuse, artiste aussi. Un trait la caractérisait et faisait notre admiration : sa force de conviction n'avait d'égale que son ouverture d'esprit. Elle ne tombait jamais dans le sectarisme. Dans ce monde et à une époque où nous sentons le besoin urgent et impérieux de témoigner à temps et à contre-temps de notre foi salutaire, nous retenons le savoir-faire d'Anne-Lorraine. Nul n'ignorait ses engagements et sa pratique religieuse. Elle en parlait simplement, avec une étonnante liberté intérieure et de l'humour. Elle rendait compte de ses convictions avec intelligence. Cela a forcé le respect et suscité l'amitié de beaucoup d'entre vous. Et puis elle avait cette curiosité intellectuelle qui la poussait à s'intéresser aux autres qui ne pensaient pas comme elle. Elle vivait en amitié avec des gens très différents ; preuve qu'on n'est pas d'autant plus ouvert qu'on a moins de convictions. Anne-Lorraine nourrissait sa foi par la lecture, la réflexion et les discussions avec son entourage. Elle qui était cultivée, elle avait peut-être à l'esprit cette phrase magnifique de Jean-Paul II : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité ». Anne-Lorraine avait une foi profonde éclairée par son intelligence, et une intelligence profonde éclairée par sa foi. Elle aurait fait une très bonne journaliste.
4. Quatrième fleur pour terminer. Anne-Lorraine, pourtant mobilisée par des études de haut niveau, savait s'engager au service des autres : dans le scoutisme, auprès d'enfants handicapés et des personnes malades. Tout ce qu'elle faisait, elle le faisait à fond, avec grand cœur et une conscience admirable. « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn13,35). Nul doute qu'Anne-Lorraine fit partie des disciples du Christ.
Que son exemple nous encourage à prendre notre vie de foi à cœur pour vivre en amitié avec tous, tout en témoignant avec intelligence, simplicité et par des actes, que le Christ ressuscité nous fait vivre sur Terre comme au Ciel.
Nous confions Anne-Lorraine à Dieu notre Père. Nous le bénissons pour les 23 belles années que nous avons vécues en sa compagnie. Car son pèlerinage ici-bas aura rendu notre Terre un peu plus belle et notre cœur plus riche.
P. Stéphan JANSSENS, Curé archiprêtre