
Homélie pour le 27e dimanche TOA... un moine (Les Ouvriers de la Vigne)
2 octobre 2005
Trois Points, parmi bien d'autres, au sujet de la parabole de ce dimanche.
Premièrement la critique !
Qu'est-ce que ce propriétaire dont les serviteurs, chargés de recueillir les revenus de leur maître se font molester, par les vignerons auxquels il avait confié sa vigne ; qui au lieu de réagir vigoureusement pour mettre bon ordre à la situation, envoie d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers lesquels subissent le même sort ; qui pousse l'inconscience jusqu'à leur envoyer son propre fils, se disant : " ils le respecteront ", lequel se fait massacrer à son tour ?
Ce propriétaire serait-il dépourvu de tout jugement ? Comment croire pareille histoire ?
À ces facéties de la critique il faut toujours opposer la même réponse : dans une parabole qui serait le décalque de la nature, ces détails seraient effectivement des anomalies intolérables.
Mais dans une allégorie, elles sont inexistantes et deviennent même des trouvailles du plus bel effet littéraire et doctrinal.
Elles cessent, en effet, dès lors que la vigne représente Israël, et que les serviteurs sont les prophètes…
Transposé dans l'histoire du salut, l'envoi des serviteurs et surtout du fils, qui scandalise tant Loisy marque, au contraire, la patience, l'extraordinaire longanimité du Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour (Ps 102-8) qui livre le fils pour sauver le serviteur.
Ce qui est folie et déraison pour l'homme est tout simplement sagesse de Dieu.
Deuxièmement !
Quels sont les nouveaux vignerons, Les apôtres, comme le veut Origène ; ou toute la suite des chefs ecclésiastiques substitués aux mauvais bergers d'Israël ; ou bien les gentils, en général ?
Il est à croire que ces autres vignerons sont une multitude, au moins aussi nombreuse que la première. Saint Matthieu spécifie même à la conclusion que les nouveaux vignerons sont les chrétiens en général, sujets du Royaume, successeurs spirituels de l'ancien Israël. En somme, la synagogue est remplacée par l'Église. Saint Jérôme : " C'est à nous que la vigne a été louée , et cela à la condition expresse que nous rendions au Seigneur ses fruits en temps voulu".
Troisièmement !
Et pour que nul ne s'enorgueillisse, pour que nous autres les remplaçants, n'allions pas croire que l'affaire soit gagnée d'avance : Le cardinal Newman dit : Il y a des scandales dans l'Église, des choses blâmables et honteuses - aucun catholique ne peut le nier. L'Église a toujours encouru le reproche et la honte d'être la mère de fils indignes. Elle a des enfants qui sont bons ; elle en a aussi de mauvais. Dieu l'a affirmé dès le commencement.
Il aurait pu instituer une Église absolument pure. Mais il a formellement prédit que l'ivraie semée par l'ennemi demeurerait parmi le froment jusqu'à la moisson, jusqu'à la fin du monde. Il a affirmé que son Église serait semblable au filet du pêcheur qui ramasse des poissons de toutes sortes, mais qu'on ne trie pas avant le soir.
Allant plus loin il a déclaré que les mauvais et les imparfaits l'emporteraient de beaucoup sur les bons. " Il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus " et saint Paul : " Il s'est trouvé un reste élu par grâce. " (Rom. 11, 5)
Il n'y a donc pas de quoi triompher si dans une longue dynastie de 260 et qq papes, parmi des martyrs, des confesseurs, des docteurs, de bons et sages pasteurs du peuple, il s'en est trouvé un deux ou trois qui réponde à la description de ce mauvais intendant qui s'était mis à battre serviteurs et servantes, à manger et à boire jusqu'à s'enivrer ?
Et que conclure, si nous admettons qu'à telle ou telle époque, ici ou là, l'action de l'Église, ou ses rapports avec ses enfants ont paru être déterminés par des erreurs de jugement pratique, des mesures inopportunes, une certaine timidité ou hésitation dans l'action des principes temporels, une rigueur inhumaine ou de l'étroitesse d'esprit ?
Disons (simplement) qu'étant donné ce qu'est l'homme, ce serait un miracle permanent que des bavures soient totalement absentes de l'histoire de l'Église.
À nous de redoubler de vigilance et avec la grâce de Dieu, de mettre notre vie en plus grande conformité avec l'Évangile.
Amen