Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie pour un Jubilé Sacerdodal (60 ans)
14e dim TOA
3 juillet 2005

1. " Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé au tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté ".

Ce cri d'action de grâce qui jaillit du cœur de Jésus est aussi le cri qui jaillit du cœur de tout prêtre lorsqu'il regarde le mystère de sa vie.

Ce mystère est celui de l'élection divine, qui fait qu'un cœur se trouve saisit par le Christ, et mis à part - bien souvent alors même qu'il ne s'en rend pas compte.

Qui sait ce qui se passe dans le secret d'un cœur d'enfant ? En tout cas, bien souvent, c'est à l'âge où il devenu " sage et savant ", qu'un prêtre réalise que tout s'est joué lorsqu'il n'était qu'un " tout-petit ", et que c'est alors, sans même s'en rendre compte, qu'il a été appelé et qu'il a dit son premier " Oui ".

En un sens tout était déjà joué, dans le silence et le secret. Dieu s'est approché, tout près, presque à la dérobée, et il a imprimé sa marque sur un cœur. Un désir plus ou moins obscur y est alors naît. Et puis le Seigneur s'en est reparti, et l'épisode a été oublié, ou a perdu de sa prégnance. Jusqu'à ce que Dieu ne repasse et que l'appel ne se fasse plus impérieux…

2. Jésus dit à ses apôtres dans l'évangile : " Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis - C'est si vrai, Seigneur ! Ce n'est pas nous qui t'avons choisi, c'est Toi qui nous a choisis ".

Nous n'étions rien. Nous n'avions nulle beauté pour attirer ton regard. Mille autre auraient fait mieux que nous, qui avaient plus de qualité, plus de vertu, un cœur plus fidèle et plus sage. Et pourtant…

Et pourtant, Seigneur, il y a eu cette emprise mystérieuse que tu as eu sur nos âmes. Tu nous as marqué de ton sceau, et tu nous as attiré à toi… Mon cœur était pour toi, façonné dès l'origine pour t'appartenir tout entier.

3. Lorsque nous revenons à cette source de notre vie, à ce lien étroit qui en est la clef, nous ne pouvons que redevenir toujours plus des " petits ", des hommes dont le cœur est tout entier gagné à une joyeuse action de grâce, des pauvres balbutiant avec confusion leur Magnificat - " Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ".

Le secret de l'élection divine nous dépasse. Elle nous est une trop grande joie, trop imméritée, pour que nous prétendions nous en prévaloir. Nous ne pouvons que nous y enfoncer, dans le silence de la prière.

" Seigneur, vous n'avez pas froid aux yeux : quelle disproportion entre mon indignité, ma maigre fidélité, et votre appel, votre inébranlable fidélité à l'homme que vous avez choisi ! Où est la mesure ? Quand donc serez-vous raisonnables ? ".

4. Lorsque nous regardons nos prêtres, lorsque nous portons des jugements sur eux, regardons-nous assez à ce lien intime à Dieu qui est la substance de leur vie ?

Il ne s'agit pas de les porter aux nues. Il ne s'agit pas non plus de les voir plus saints qu'ils ne sont. Non, rien de tout cela.

D'ailleurs, quel est le prêtre un peu sensé, un peu clairvoyant, qui prétendrait que le mystère de son cœur lui confère des droits, des prérogatives ? Il s'en sait trop indigne, il se sait trop petit.

Il sait trop que ce qu'il est tient moins à sa pauvre réponse qu'à l'obstination de Dieu - " Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis. Ce n'est pas par vous-mêmes que vous tenez, c'est moi qui vous tient. Ce n'est pas vous qui êtes fidèles, c'est moi ".

5. Les prêtres que Dieu nous donne ne nous réclame rien.

Mais c'est à nous de regarder leur vie avec un regard de foi, à nous réjouir de ce que Dieu se soit gardé des cœurs pour être à Lui et pour le servir.

C'est ce que saint Marc dit si bien à propos de l'appel des Douze : " Jésus appelle à lui ceux qu'ils voulaient - ceux qu'il voulait pour lui. Ils vinrent à lui - ils se laissèrent saisir par lui -, et il en institua douze pour être avec lui - pour être ses amis, ses intimes - et pour les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les esprits mauvais - pour faire à notre âme le bien que Dieu veut pour elle " (Mc 3, 13-15).

Unissons-nous à l'action de grâce de leur cœur, pour la grâce qui leur est faite. Car le bien que Dieu fait en eux, le don immense qu'il leur fait, c'est à nous qu'Il le fait. Leur cœur, leur lien intime à leur Seigneur, nous est un bien précieux. Leur consécration, la marque de Dieu qui est sur eux, nous est une source de grâce.

6. Le cœur d'un prêtre, c'est le cœur d'un pauvre qui s'est trouvé aimé, et qui en a été saisi.

Voilà leur vie, et voilà la raison de leur chant de louange : " Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé au tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté ".

C'est cette action de grâce qui monte aujourd'hui de votre cœur, cher Père N… Nous nous y unissons, en regardant le bien que Dieu a fait dans votre vie, et qui, à travers vous, nous était donné.

Et nous prions avec vous pour que beaucoup de petits sentent passer la brise légère de l'appel de Dieu, qui attire à lui dans un doux murmure, pour s'attacher fermement ceux qu'il a choisi.

Amen.