Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie pour le 22e dimanche Ordinaire
année A - 27/28 Août 2005

  1. Il me semble que nous sommes à peu près tous rentrés - et c'est une joie de revoir vos visages. Voilà donc notre paroisse au grand complet - ou presque -, à quelques jours du moment le plus sinistre de l'année - la rentrée des classes - pour recevoir ensemble ce que le Seigneur veut nous dire au seuil de l'année nouvelle.
    Et bien, pour le coup, nous sommes servis : " Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ". Quelle remontée de bretelles !
    Cette parole est dure, et dure à recevoir au début de l'année qui s'ouvre - nous attendions peut-être quelques mots plus encourageants. Mais puisque nous n'avons pas le choix, recevons-la humblement. Recevons-la surtout comme une parole adressée à chacun de nous, et non pas à Pierre seulement. Et essayons, ensemble, de découvrir pour quelle tâche elle nous requiert.
  2. " Tu es un obstacle sur ma route ".

    Le Seigneur veut entrer dans nos vies, pour y déployer sa puissance. Voilà le chemin qu'Il veut parcourir, pour atteindre à l'intime de nos cœurs, pour s'en saisir tout entiers.
    Mais, sur cette route, nous lui faisons obstacle, en un endroit ou en un autre de notre âme. Parfois, c'est que nous nous dressons à l'entrée de la porte de notre cœur, et lui barrons la route dès l'abord. Plus souvent, nous retardons ou entravons sa route un peu plus loin. Toujours cependant, quelque part, notre âme offre quelques résistances, et ce n'est jamais sans quelque effort que le Seigneur peut poursuivre sa marche.
    Ainsi, le Seigneur n'a pas libre accès à nos cœurs. Il n'a pas carte blanche en nous. Nos vies lui sont totalement ou partiellement, obscurément ou délibérément fermées, parce que des choses en nous s'opposent à son passage. Nous entravons, ou enrayons sa marche, nous la stoppons ou la freinons.
  3. Pourquoi ? Le Seigneur nous le dit : " Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ".

    Ce jugement sur nous, qui nous vient de Jésus, qui sonde nos cœurs et devant qui nous sommes à découvert, il nous faut l'entendre, et l'accepter.
    Et, en réponse, dans un examen loyal de nos cœurs, que chacun de nous ferait dans le secret de la prière, posons-nous cette question, cette question toute simple : " En quel point de ma vie ma pensée, mes actes, mes sentiments, parce qu'ils sont trop humains, font-ils obstacle à la route du Seigneur en moi ? ".
    Ou, pour le dire autrement, qu'est-ce qui dans mon comportement, mes critères de choix, mes réactions, mes raisonnements, mon imagination fait que la voie de Dieu est obstruée, et qu'Il ne peut entrer plus avant dans ma vie ?
    Les plus réalistes d'entre nous diront : " Mon jeune ami, la liste est longue, un peu trop longue ! ". C'est vrai, et nous savons bien qu'on ne peut pas courir tous les lièvres à la fois ! C'est pourquoi il faudra procéder avec méthode.
    Contentons-nous donc d'identifier un point de notre vie qui - dans la lumière du Saint-Esprit - nous apparaîtra déterminant et qui entrave en nous l'œuvre de la grâce, et laissons le reste pour l'instant.
    Ce travail d'identification peut être long, mais il faut prendre le temps de le faire, sans précipitation. Soyons patients, et, surtout, ne sautons pas sur ce qui nous paraît le plus évident à première vue. Ce n'est pas forcément notre défaut le plus voyant ou le plus humiliant qui fait le plus obstacle au Seigneur...
    À nous donc de réfléchir, dans la prière, à l'endroit où il faut faire porter l'effort. Ou plutôt, laissons patiemment la grâce nous désigner ce lieu.
    Et nous souvenant de la pensée d'Archimède - " Donnez-moi un point d'appui, et je soulèverai le monde " - entendons Jésus nous dire : " Donne-moi un point où faire levier dans ton cœur, et j'emporterai le morceau, et j'en ferai la conquête, et je me le gagnerai tout entier, et je le gagnerai tout entier à mon Évangile ".
  4. " Passe derrière moi ".

    Nous en arrivons à l'étape n. 2, où les choses sérieuses commencent.
    Il s'agira, une fois le point névralgique identifié, de nous mettre résolument à la suite de Jésus dans ce domaine, de nous y laisser conformer à l'esprit de l'évangile. Il s'agira de décider résolument de cesser d'y agir en pécheurs, ou avec les seuls critères d'un homme du monde, d'un païen. Il s'agira de décider de plus faire comme tout le monde.
    Comment, sur le point précis que j'ai identifié, puis-je me conformer à la volonté du Seigneur, au lieu de suivre mes penchants ou ma volonté ? Comment me laisser renouveler par l'Esprit du Seigneur, docilement ? Comment suivre la pensée du Seigneur, et non la mienne, et non le consensus ambiant ?
    Le champ est immense où il nous faut chercher : vie professionnelle, vie de couple, vie familiale, vie paroissiale, vie de prière, vie de loisirs, rapport à l'argent, aux médias, au pouvoir… Dans quel domaine dois-je me mettre un peu plus à l'école du Christ si je veux qu'il puisse plus librement entrer dans ma vie ? Dans quel domaine dois-je me convertir pour lui ouvrir la voie de mon cœur ?
    Ensuite, au travail : " Passe derrière moi, et, agit comme j'aurais agi ". " Agit comme j'aurais agi ", rien de moins. Vous le voyez, la tâche est ardue. Et c'est précisément pour cela qu'il ne faut pas multiplier les fronts. Un front, un seul, où nous faisons porter tout l'effort.
    Avec pour guide, non plus notre petit esprit d'homme du monde et de pécheur, mais l'Esprit-Saint qui parle en nous, et par son Église, guide sûr sur le chemin des commandements de Dieu…
  5. " Passe derrière moi Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ".
    En réponse à la phrase sévère de Jésus, invitation à faire plier notre cœur devant sa volonté, faisons humblement avec saint Pierre cette prière :

Le Pécheur et la Miséricorde Divine

" Seigneur, je sais qu'en de multiples endroits de ma vie, je fais obstacle à Ta grâce.
Je sais que je ne suis pas un homme de l'évangile, et que le parfum qu'on respire dans ma vie est semblable à celui qu'on respire dans la vie de ceux qui ne Te connaissent pas. Je sais qu'en moi Ta volonté est peu suivie, que je vis en païen. Mais en un point de ma vie que tu voudras bien me montrer, et que peut-être je sais déjà, je veux, enfin, agir comme Tu aurais agi.
Je veux tenter de faire ce que Tu aurais fait, ce que Tu attends de moi.
Il est probable, Tu es prévenu, que ce combat ne compte plus de défaites que de victoires. Mais regarde, Seigneur, à ma bonne volonté, même si elle est chancelante, et fais le reste.
Ce que je ferai sera sans doute bien pauvre, et je me sens déjà une grande impuissance. Mais tu sais, Toi, que ce que je veux profondément à travers ma prière, c'est Te donner mon cœur. Je veux que tu entres toujours plus avant dans ma vie, et que Tu fasses ce que je suis impuissant à faire, mais que j'aurai tenté de faire cependant, pour être toujours plus un serviteur de ton Évangile, qui Te ressemble… ".

Amen