Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie pour le Dimanche du Bon Pasteur, (4èm dimanche de Pâques). 17 Avril 2005

1)Nous n'avons plus de prêtres ! Evidemment, voilà qui sème la panique dans les chaumières : réussirons-nous à avoir encore la messe dans l'église paroissiale tous les dimanches, à l'heure habituelle, ou nous faudra-t-il changer nos habitudes ? Problème considérable, auquel se résume nos angoisses, et qui nous fait aujourd'hui demander des prêtres.
Autant vous avouer ma conviction profonde : nos prières ne seront pas exaucées. Nous n'obtiendrons pas ce que nous demandons.
Car nous voulons des prêtres comme on veut préserver le commerce de proximité, l'école communale dans les villages de Corrèze. Mais pour ce qui est du fond de notre cœur nous n'en avons pas besoin, nous nous en passons très bien ! Et c'est pourquoi nous ne les obtiendrons pas du ciel...
Dommage : il nous faudra changer nos habitudes, et aller à la messe dans la paroisse d'à côté... jusqu'à ce que là-bas il n'y ait plus de prêtres ?

2)La vérité, c'est que si nous voulions des prêtres, nous les aurions.
Si nous avions soif d'être sauvés, nous auruions des prêtres. Si nous avions soif d'entendre l'enseignement du Christ, nous aurions des prêtres. Si nous avions soif de nous mettre résolument en route vers le ciel, nous aurions des prêtres.
Mais tout cela, soyons frnacs, ça n'interesse plus grand'monde. Alors à quoi serviraient les prêtres si Dieu nous en envoyait ? Qu'est ce que nous en ferions ?

3)Nous répétons à loisir que nous en manquons. Moi, je vous dis que nous en avons trop. Pour ce que nous leur demandons, nous en avons beaucoup trop.
Car la raison d'être prêtre, c'est le salut. Mais plus personne ne croit au salut, soyons sérieux. Le péché, c'est une pécadille - et c'est sans doute pourquoi on se confesse si peu.
Le péché originel, c'est un mythe - et c'est sans doute pourquoi le batême est devenu une célébration de la vie qui pourrait aussi bien se dérouler dans une salle des fêtes.
A l'autre bout de la chaîne, on fait célébrer aux prêtres des funérailles pour des gens qui sont tellement bien ou tellement excusables qu'ils sont au ciel avant même d'être morts ! C'est à se demander pourquoi on implore pour eux la Miséricorde Divine en célébrant le sacrifice de la messe...
Entre les deux, nous marions des époux dont l'amour n'a nul besoin d'être racheté par la grâce du Christ - le prêtre n'étant plus que le témoin ravi de cet amour qu'aucun péché ne blesse !
Et pour la messe du diamnche, comment voulez-vous que le Seigneur nous sacrifie de jeunes hommes pour la célébrer, alors que nous nous en dispensons si facilement et qu'elle n'est, pour beaucoup, que le rassemblement d'une communauté heureuse de se retrouver ?
Il n'y a plus personne à sauver, voilà la vérité nouvelle de notre siècle. Plus personne à sauver, donc plus besoin du Christ, donc plus besoin de prêtres pour célébrer les sacrements.

4)Et l'enseignement du Christ, qui veut l'entendre ?
Tout le monde a pleuré à chaudes larmes sur la mort du pape. Mais qui était encore avec lui quand il nous affermissait dans la fidélité au Christ, en tenant envers et contre tout pour défendre la foi, en se battant pour la dignité de l'homme par son enseignement sur le mariage, la sexualité, le respect de la vie ? Qui ?
Alors à quoi bon des prêtres ? Pour dire ce que personne ne veut entendre ? Il n'y a pas un point de la foi catholique ou de l'enseignement de l'Eglise en matière de morale que l'on puisse aborder sans que les dents grinces - je ne dis pas dans les rangs des incroyants, je le comprendrais, mais dans les rangs des plus convaincus d'entre nous. Alors comment voulez-vous que le Seigneur nous envoie des prêtres ? Pour qu'on les écoute en haussant les épaules, comme on l'a fait depuis 20 ans pour Jean-Paul II ?

5)Le Seigneur a donné des pasteurs à son Eglise pour conduire le Peuple de Dieu dans sa route vers la vie éternelle. Mais qui s'y intéresse ? Qui d'entre nous se soucie du jour où il aura à rendre compte de son existence devant son Seigneur et juge ? Qui d'entre nous construit son existence en ayant en tête sa vocation à être pour l'éternité avec Dieu ? Qui d'entre nous se prépare à mourir et veut agir pour se rendre digne du ciel ? Qui soupire après la béatitude du ciel ? Alors, à quoi bon des prêtres ?

6)On veut marier les prêtres.
Autant vous l'avouer : je le comprends. On en a une idée si basse, on en attend si peu, qu'il faut bien qu'on lmeur accorde de quoi consoler leur solitude inutile.
Mais permettez-moi une remaruqe : si nous voulons marier les prêtres, alors que leur ....est si... c'est que nous ne comprenons plus rien à ce qu'ils sont, à ce qu'ils font, c'est que nous ne savons plus ce qu'est la vie chrétienne, c'est que nous n'attendons plus rien d'eux, que d'être les bénis-oui-oui de notre médiocrité. Eh bien, si c'est ça, nous ne les aurons pas !

7)Chers amis, avons-nous besoin d'être sauvés ?
Voulons-nous qu'on nous guide ? voulons-nous le ciel ? Voulons-nous le Christ ?
Si oui, nous aurons des prêtres. D'abord parce que nos jeunes communierons avec nous à ces besoins, ressentirons le manque cruel dont nous souffrons, et que cela creusera en eux la place d'entendre l'appel de Dieu. Ensuite parcequ'ils verront ce qu'est un prêtres, en voyant ce que nous en attendons, alors que pour l'instant, ils se demandent à quoi peut bien servir ce guignol qui s'exténue à avoir l'air sympa. Enfin parce que notre prière sera une vraie prière, faite avec nos tripes, et que Dieu exauce toute vraie prière.

8)Ce n'est pas l'amertume d'un prêtre déçu qui parle aujourd'hui.
A vrai dire je ne pensais pas qu'il était si beau d'être prêtre ! Je n'aurais pas cru que le Seigneur comblait à ce point ses serviteurs - et je suis pourtant parmi les plus indignes d'entre eux. Je souhaite à beaucoup de connaître cette joie.
J'ajoute que mon ministère au milieu de vous est la source d'un profond bonheur bien au-delà de ce que je peux en dire. Ni frustration donc, ni déception. Joie, Joie et action de grâce, chaque jour et pour l'éternité.
Mais la situation est désormais trop grave piur que je me contente en ce jour d'un sermon sur le sacerdoce ! Il faut nous secouer si nous voulons que les choses changent :
Seul un désir renouvelé de trouver le Christ, un désir renouvelé de le suivre jusqu'au bout, quoiqu'il nous en coûte, un désir renouvelé de vivre avec Lui pour l'éternité, un désir renouvelé de le faire connaître et aimer, seul un tel désir peut faire refleurir les vocations sacerdodales.

Si nous le voulons, nous aurons des prêtres. A nous d'en décider... Amen