Foi et Contemplation

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Homélie pour le Jeudi-Saint 2005

1. Au début de ces jours saints, que nous est-il demandé ?
L'Évangile que nous venons d'entendre semble nous suggérer une réponse : " Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ". Autrement dit : " Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ".
Nous pourrions aussi songer : " Je dois répondre à l'amour du Seigneur, et lui être fidèle, là où ses apôtres ne l'ont pas été ".
Tout ceci, cependant, est peut-être un peu prématuré. Non pas faux, mais peut-être un peu prématuré…

2. Ne songeons pas trop vite à imiter le Seigneur. Ne songeons pas trop vite à répondre à son amour. Laissons tout cela pour l'instant, faisons les choses dans l'ordre.
Alors, que nous est-il demandé, au seuil de ces jours saints, devant ce que Jésus entreprend ? Deux choses : de croire à son amour, et de nous laisser faire…
Dans le silence recueilli d'une foi pleine de stupeur, laissons-nous sauver, laissons le Seigneur aller son chemin de croix, sans nous mais pour nous. Et réapprenons avec étonnement combien Jésus nous aime…

3. Lorsque le Seigneur s'approche de lui, saint Pierre est saisi d'effroi - et c'est la première de ses protestations, en laquelle nous devons le suivre : " Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! ".
Cet effroi, il nous faut en demander la grâce. Car ce qui se passe est pour nous un motif de confusion extrême.
" Des multitudes de nations seront dans la stupéfaction, devant lui des rois resteront bouche bée, pour avoir vu ce qui ne leur avait pas été raconté, pour avoir appris ce qu'ils n'avaient pas entendu dire " (Is 52, 15).

4. Lorsque le Seigneur s'approche de lui, Pierre tente de l'arrêter - et c'est la seconde de ses protestations, en laquelle nous ne devons pas le suivre : " Tu ne me laveras pas les pieds, non, jamais ! ".
Pierre veut retenir Jésus au bord de son abaissement, et, certainement, sa bonne volonté plaît à Dieu.
Mais cette tentative, comme toutes les autres, vient se briser sur la logique de Jésus, qui suit son cours imperturbablement. Comme lorsqu'il promet d'être fidèle jusqu'à la mort, et que Jésus lui prédit qu'il le reniera…. Comme lorsqu'il dégaine son épée pour défendre Jésus, et que le Seigneur défait ce qu'il venait de faire en guérissant l'oreille du serviteur…
Pierre ne manque pas de bonne volonté, mais il est à côté de la plaque. Du coup, on comprend qu'il s'enfuie avec les autres : il n'arrive pas à trouver sa place dans le drame qui se noue, il ne réussit pas à saisir ce que Jésus attend de lui. Il se trouve donc expulsé du drame, comme un corps étranger l'est d'un organisme qu'il risque de détraquer : " Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ".

5. Nous avons demandé la grâce de partager un peu de l'effroi de Pierre. Demandons la grâce de trouver un peu mieux que lui notre place dans les événements de ces jours saints.
Et cela, de qui pouvons- nous l'apprendre ? De la Vierge Marie qui, elle n'a pas eu à fuir.
Car elle a compris, elle, qu'il n'y avait rien à faire, qu'il était inutile de mêler son activité à ce qui se passait, qu'il était inutile d'essayer de raisonner Jésus, qu'il était inutile de se mêler de tout ça. Elle a compris qu'il ne lui était rien demandé d'autre que de laisser faire Jésus, et d'être là, à l'ombre de la croix, pour recevoir le salut que son Fils, là-haut, lui obtenait.
De tous les disciples, le seul qui soit resté, c'est celui qui a épousé le mouvement de son cœur : saint Jean, qui lui aussi a laissé faire, s'est laissé faire.

6. L'effroi, nous l'apprenons d'un homme. L'abandon, nous l'apprenons d'une femme. La foi pleine de stupeur, c'est Pierre qui nous l'apprend. La foi pleine de confiance, c'est Marie.
À l'école de Marie et de Pierre, il ne nous est rien demandé d'autre, en ces jours-saints, que de croire à l'amour de Jésus avec une foi étonnée et de nous laisser faire par Lui avec une foi confiante.
Jésus nous sauve, laissons-le faire. Laissons-nous aimer par Lui. Soyons là, multitude silencieuse et stupéfaite, pour nous laisser sauver et recevoir ce que Jésus nous donne.

Amen.