Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie 2 pour le Dimanche des Rameaux 2005

1. Au milieu des hurlements de la foule réclamant la mort de Jésus, il y a ce cri, que seul saint Matthieu nous rapporte : " Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants ".
Cette phrase terrible, lancée avec inconséquence, qu'elle devienne en nos cœurs une humble supplication : " Jésus, Sauveur du monde, que ton sang soit sur nous et sur nos enfants ". Que la grâce de l'Esprit-Saint transforme en prière implorante ce qui n'est, dans la bouche de cette horde déchaînée, qu'un cri de haine !
Et que notre prière rachète le blasphème…

2. Nous voulons supplier ainsi parce que le sang de Jésus est notre bien le plus précieux, lui dont " une seule goutte a le pouvoir de sauver l'univers entier de toute sa faute ". Une seule goutte pour l'interminable procession des générations humaines sans but, sans sauveur, sans joie.
Par ce sang répandu sur la croix - et de la croix sur la terre, et de la terre en chacun de nos calices, et de chacun de nos calices en la main dressée sur nos têtes de chaque prêtre nous donnant l'absolution, et de la main de chaque prêtre en nos âmes - par ce sang répandu nous avons tous été lavés de tous nos péchés.
Tout le mystère de notre salut est là, dans le face-à-face entre la foule et l'homme seul, qui seul sauve le monde entier. Et c'est ce qui nous rend ce sang si précieux, et si désirable…

3. Saint Jean contemple dans le Livre de l'Apocalypse " une foule immense, que nulle ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ". Cette multitude, qui rappelle la meute hurlante du palais de Pilate, chante, elle, les louanges de l'Agneau immolé siégeant sur le trône, dans la gloire de Dieu.
L'apôtre alors s'interroge : " Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? ". Et l'un des anges de lui répondre : " Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau " (Ap 7).
Ainsi, avec l'apôtre, nous contemplons la belle œuvre du salut parvenu à son achèvement, la beauté de nos cœurs sauvés.
et cette vision, qui fait suite à celle de la foule de Jérusalem, doit rendre notre supplication plus intense encore : " Jésus, Sauveur du monde, que ton sang soit sur nous et sur nos enfants. Afin que nous soyons lavés de tout péché. Afin que la beauté de ton image resplendisse à nouveau en nous ".

4. Mais n'est-ce pas là une drôle d'idée, que le sang d'un homme puisse sauver l'humanité de son péché ?
C'est que le sang, pour les Hébreux, symbolisait la vie. Et Jésus avait dit : " Il n'y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ". Le sang versé était donc le sacrement de son immense amour, de cet amour qui va jusqu'au bout.
Et cet amour n'était pas celui d'un cœur humain comme les autres, mais celui d'un Dieu.
C'est de cet amour divin, qui l'imprégnait à l'heure où il était répandu, que le Sang de Jésus tire sa vertu salvifique. Ce sang n'est si puissant, et si précieux, que par l'amour de ce Dieu fait homme du cœur duquel il coule.

5. Lorsque le prêtre regarde le calice où le sang de Jésus est recueilli, il le découvre vermeil, baigné de la gloire divine. Et lorsqu'il y trempe ses lèvres, il goutte sa chaleur et son parfum qui parle si bien de la douceur de la tendresse divine.
Ce n'est donc pas pour rien que le signe sacramentel du sang de Jésus est le vin : il verse en nos cœurs une joie débordante qui évoque bien la joie du salut, qu'enfin, en Jésus, nous goûtons.
Que le sang de Jésus soit sur nous et sur nos enfants ! Contemplons-le tout au long de cette semaine ! Recueillons-le dans les sacrements que nous recevrons ! Et redécouvrons ainsi l'allégresse des pécheurs sauvés par l'amour immense du Seigneur.

Amen.