Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie 1 pour le dimanche des Rameaux 2005

Nous voici donc, chers frères et sœurs, à la fin du carême, et c'est toujours le moment où l'on se demande avec angoisse si on l'a commencé un jour. Quelles qu'aient été d'ailleurs nos résolutions, et nos victoires peut-être, nous nous trouvons aujourd'hui devant la Passion du Seigneur, et là le contraste est terrible. Avons-nous au moins pressenti durant ce temps de pénitence, le saint que nous aurions pu être, que nous aurions dû être ? Avons-nous mesuré les dimensions de l'amour, de l'obéissance ? Avons-nous jaugé ce torrent sorti du Temple ? (medên agan) disaient les Grecs, "rien de trop"… En amour, c'est notre devise.

L'expérience du Carême doit nous conduire là, à regarder en face notre cœur si distrait, si changeant, notre amour fugace comme la rosée du matin, notre goût des petits horizons et des petits conforts - rien qui ne soit à notre mesure, à la mesure de ce que Dieu veut de nous. Et toujours nous nous retrouvons devant le Seigneur, jugés durement par son silence, par sa douceur, jugés tous seuls devant lui, qui ne dit pas un mot pour nous condamner, quand nous, nous le condamnons. Quel rapport y a-t-il entre son humanité et la nôtre ?

La question pourrait en réalité nous induire en erreur. Le Christ aurait pu nous sauver de haut, dans un geste de sublime condescendance. Mais attention, frères et sœurs : il ne s'y est pas pris comme cela. Il a trouvé le moyen de nous sauver avec une infinie délicatesse. En entrant au Jardin de Gethsémani, le Seigneur prend notre cœur en lui. Oui, notre cœur, et non le sien : notre lâcheté, notre tristesse, notre lassitude, notre incroyance, notre duplicité, en lui. Tout cela parle en lui et le tire vers le bas, comme nous sommes toujours tirés vers le bas. "Pourquoi rester ? A quoi cela servira-t-il ? A quoi bon ?" Et c'est notre volonté blessée, notre volonté exsangue, notre volonté déicide, que le Seigneur porte en lui à l'obéissance : "Que ta volonté soit faite". Notre cœur de misère a été crucifié, mes frères, dans une offrande totale à Dieu. Notre pauvre cœur, miné de ses attachements et de ses replis sur soi, notre cœur confortable qui écarte Dieu pour sembler être libre, notre pauvre cœur a battu ce soir-là dans la poitrine de Dieu, et en lui a été uni à la volonté divine, jusqu'à s'offrir totalement. En lui nous nous sommes offerts, médiocres que nous sommes, en lui nous nous sommes offerts, et dans un instant, en nous il s'offrira.

Le vieil homme est mort, frères et sœurs, et le Seigneur veut nous donner un cœur neuf à Pâques, un cœur de printemps. Le vieil homme est mort : portez sa dépouille jusqu'au confessionnal. Il faut vouloir sa mort, il faut aimer notre cœur jeune, notre cœur rajeuni par le jeune Jésus. Il faut que nos cœurs cette semaine se taisent enfin et se recueillent pour recevoir en eux la nouveauté de Pâques. Mes frères, il y a du nouveau cette année à Pâques. Si nous le voulons, nous serons neufs encore une fois. Ne manquons pas cette espérance, pour "sentir en nos cœurs le sang d'un autre cœur".

Amen.