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Homélie pour un Mariage

INTRODUCTION

A. Cher N…, chère N…, nous y voilà ! Et nos cœurs sont dans la joie, une joie douce et intime, une joie qui frémit au fond de nos cœurs.

Vous allez vous donner l'un à l'autre, pour la première fois. Pour la première fois, vous pourrez vous dire "Je t'aime" d'une manière qui soit pleinement vraie, et non pas seulement sincère. Que le mariage est beau, qui permet d'aimer ! Que le mariage est beau, qui permet ce don de soi irrévocable, sans réserve, sans arrière-pensées, sans issue de secours pour filer à l'anglaise !

Vous commencerez aujourd'hui à aimer, pour la première fois. Et ce don de vous-mêmes refait chaque jour rendra toujours plus vrai l'amour que vous vous direz.

B. Pour cela, vous glisserez aujourd'hui votre "oui" dans celui de Dieu. C'est d'abord Lui qui vous unit.

Et c'est pourquoi vous communierez au Corps et au Sang de Jésus, livré en sacrifice sur la croix pour que le monde ait la vie. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" avait dit Jésus à la veille de sa mort. C'est dans ce "grand amour" que vous glisserez votre amour, pour que celui-ci déborde les limites étroites de votre cœur et soit porté au-delà de lui-même.

Au début de cette messe, tournons-nous donc humblement vers Dieu, vers la croix de Jésus, victorieux du péché en nos cœurs. Présentons-Lui nos cœurs - présentez-Lui vos cœurs. Qu'il les trouve ouverts à sa grâce pour que le sacrement que vous allez vous donner l'un à l'autre porte des fruits abondants dans votre vie et dans la nôtre.

HOMÉLIE

1. Il pourrait paraître étonnant à certains que vous ayez choisi cet évangile pour le jour de votre mariage.

Alors que vous allez vous donner l'un à l'autre dans un instant de manière totale et définitive, le Seigneur Jésus vous rappelle que c'est d'abord à Dieu qu'il faut vous donner, de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit.

Du coup, nous pourrions avoir l'impression que ces deux amours, en vos cœurs, se feront concurrence, et qu'il vous faudra choisir : ou bien sacrifier l'amour de Dieu, ou bien sacrifier l'amour de votre conjoint - ce que vous ne semblez guère disposés à faire.

Vous pourriez dire : "Se donner à Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, c'est un truc de curé ou de bonne sœur, ce n'est pas pour nous !". Et comme en plus, il existe sur ce point une harmonieuse répartition familiale des tâches, que chacun s'occupe de sa petite affaire, et que l'on n'en parle plus. Dieu a son compte, et les conjoints aussi.

Et pourtant… Par un pressentiment obscur, vous avez saisi qu'il existe un lien mystérieux entre les deux commandements que le Seigneur Jésus nous rappelle aujourd'hui : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. (…) Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

2. Ces deux amours, en vos cœurs ne se feront pas concurrence. Ils ne seront pas non plus simple juxtaposés, comme les deux morceaux d'un casse-tête chinois qu'on essaie de faire tenir ensemble sans jamais y arriver vraiment. Leurs rapports vont bien au-delà de la simple coexistence pacifique, de la situation de statut quo.

Ces deux amours se nourriront l'un de l'autre. Ils grandiront ensemble, ou ils mourront ensemble.

Aimez Dieu, par-dessus tout ! Donnez-lui la première place, dans votre vie personnelle, et dans votre vie de couple ! Aimez le plus que tout, pour vous aimer vraiment !

3. Pourquoi ce lien étroit entre votre amour pour Dieu et l'amour que vous avez l'un pour l'autre, et pourquoi cette priorité de l'amour de Dieu ?

Parce que Dieu vous confie aujourd'hui une âme que Lui seul connaît, que Lui seul aime et sait aimer parfaitement.

Vous ne vous mariez pas d'abord parce que vous vous aimez. Vous vous mariez pour vous aimer.

Vous vous mariez parce que vous avez déjà senti votre cœur se serrer et laisser monter vers le ciel cette prière : "Ah, si seulement je savais l'aimer !". Et si ce cri ne vous est jamais monté des lèvres, qu'il en monte aujourd'hui, dans le doux tressaillement de ce jour, où vous sentez à côté de vous vibrer un être dont vous mesurez toute la densité.

Vous vous mariez parce que vous mesurez combien le cœur auquel vous allez vous donner et que vous vous apprêtez à recevoir est un bien précieux. Et vous ne voulez pas en faire n'importe quoi…

Vous vous mariez parce que vous avez fait l'expérience de vos limites, parce que vous savez qu'aimer un cœur est au-dessus de vos forces. Vous savez votre cœur trop étroit, trop maladroit, trop égoïste.

Vous vous mariez parce que vous savez qu'on s'habitue vite aux grâces les plus belles, et que les yeux du cœur s'usent lorsqu'ils ne sont pas baignés chaque jour de la lumière de Dieu. Vous ne voulez pas vous habituer à la beauté de l'autre, au point de ne plus savoir la déceler un jour. Vous voulez redécouvrir chaque jour, dans son premier éclat, ce cœur qui vous a séduit un jour par son rayonnement. Le mystère d'une âme vous a saisi : vous ne voulez pas vous lasser l'un de l'autre, mais vous voulez continuer à vous émerveiller l'un devant l'autre. Vous voulez que celui / celle que vous épousez aujourd'hui apprenne de votre amour et de votre fidélité combien il est précieux aux yeux de Dieu, combien il est beau. Vous ne voulez pas l'abîmer.

Alors, aujourd'hui, vous vous mettez devant Dieu, pour Lui demander de vous apprendre à vous aimer, avec cette délicatesse patiente, cette obstination vigilante, ce renoncement à soi-même, cette pureté du cœur que vous ne pouvez recevoir que de Lui.

Vous savez tout ce qu'il vous faudra de courage, de persévérance, de patience, pour aimer chaque jour, pour vouloir encore après tant d'échecs, pour pardonner les milles piqûres d'épingle du quotidien, pour résister à la facilité et aux sirènes qui vous invitent à brader ce bien inestimable qu'est votre couple.

Alors vous venez ensemble devant Lui pour vous offrir à Lui, pour Lui donner dans votre couple - et dans votre famille - la place qui Lui revient, pour Lui donner votre couple. Vous vous tenez devant Lui pour qu'Il soit, en vos cœurs, la source inépuisable de l'amour dont vous vous aimerez chaque jour.

4. Dieu vous a créés, l'un et l'autre. C'est Lui qui vous a tissés dans le sein de votre mère. Vous êtes l'un et l'autre sortis de ses mains. Il vous connaît, l'un et l'autre. Alors fiez-vous à Lui. Faites-lui confiance !

Il saura, Lui, éduquer votre regard pour vous faire voir ce que vous ne voyez pas. Il saura guider votre main pour faire le bien que vous ne savez pas faire. Il saura conduire votre pas au rythme du sien, pour vous mener là où Il veut, quand Il le voudra. Il vous apprendra le but et la manière… Il vous apprendra la ténacité.

5. Aimez. Aimez "jusqu'à ce que ça fasse mal", comme disait Mère Teresa. Aimez non pas pour le meilleur et jusqu'au pire, mais pour le meilleur et pour le pire.

Si vous vous arrêtez avant, vous n'aimerez pas, vous n'aurez jamais aimé.

Vous serez comme ces jeunes talents qui renoncent au piano dès que la facilité des premières heures cède la place au dur labeur des gammes et de la répétition inlassable.

Ils ignorent, et ils ignoreront toujours, que l'aisance du virtuose n'est pas innée, qu'elle ne donne cette impression de légèreté et de spontanéité que grâce au travail patient et obscur de l'élève appliqué. Si vous voulez jouer une partition belle et audacieuse, ne tapez pas en dessous de "toujours". Sans cela, vous bricolerez, vous vous ferez plaisir en jouant de petites mélodies émouvantes, mais vous resterez en deçà de ce que Dieu attend de vous.

6. Pour finir, permettez-moi avec vous de regarder le ciel - et pas seulement le ciel à peine voilé de cette belle journée de mai.

Un jour, vos deux âmes seront auprès de Dieu. N'oubliez jamais que c'est pour vous préparer à cette heure que le Seigneur vous donne l'un à l'autre. Ne perdez jamais de vue ce à quoi vous êtes destinés.

Vous trouverez là le sens de votre amour, et la force de le défendre envers et contre tout lorsque vous le sentirez vulnérable. Vous trouverez là la perspective qui met chaque chose à sa place, et à sa place seulement, avec la proportion qui lui revient, et rien de plus, et rien de moins. Vous trouverez là le critère des choix qu'il vous faudra poser. Vous trouvez là votre mission : nous donner, à nous aussi, le désir du ciel.

Vivez pour le ciel ! Vivez pour Dieu ! Et, je vous le promets, vous n'aurez pas perdu votre temps. Vous serez comblés d'une joie durable et profonde, que rien ni personne ne pourra vous ravir.

Amen.