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Homélie pour la Fête de l'Assomption
(15-Août 2004)

1. Je voudrais méditer avec vous aujourd'hui, en cette belle Fête de l'Assomption, sur le lien profond qui unit ce dogme à celui de la Virginité perpétuelle de Marie.

2. Nous avons tous en tête la phrase de Marie à l'ange Gabriel au moment de l'Annonciation : " Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme ? "

Elle semble n'être à première vue que la banale constatation d'un fait : " Excusez-moi, monsieur l'ange, mais il y a un léger problème ! Soyez mieux informé ! "

Pourtant, une lecture approfondie du texte révèle qu'il s'agit là sans doute de l'expression d'une attirance profonde, d'une secrète propension de Marie pour la virginité. Et les études scientifiques les plus sérieuses sur le texte biblique, dans leurs analyses, rejoignent ici la Tradition la plus antique.

Je ne dis pas un propos conscient. En effet, ce mode de vie était impossible dans le milieu social où elle vivait, car il répugnait profondément aux coutumes des juifs. De plus, Marie était déjà mariée à Joseph - ils vivaient la période intermédiaire entre le mariage et la vie commune des époux. Il aurait été contraire à la sincérité de dissimuler à Joseph une telle résolution.

Mais Marie, préparée par la grâce à la vocation que Dieu lui réservait - devenir la Mère de Dieu -, se sentait certainement portée à la virginité par un désir profond, qui devait être assez énigmatique pour elle. Elle devait se demander d'où lui venait cette orientation de tout son être…

Ce qui est certain, c'est que l'annonce de l'ange apportait un dénouement inattendu au paradoxe intérieur que vivait la jeune fille de Nazareth. Marie comprenait enfin que cette aspiration mystérieuse qu'elle portait au fond de son cœur venait de Dieu, qu'elle lui avait été inspirée et correspondait à ce que son Seigneur attendait d'elle.

La vocation qu'elle reçoit de l'ange trouve donc un " oui " enthousiaste de la part de Celle qui depuis son plus jeune âge voulait n'appartenir qu'à ce Dieu qui l'avait saisi par sa grâce à la racine de son être. Et ce dès l'instant de son Immaculée Conception…

La conception virginale de Jésus n'est pas donc une sorte de fait biologique miraculeux, qui se serait produit en Marie avec son simple consentement. Elle la réponse d'une liberté humaine à l'appel de Dieu. Marie ne se résigne pas à laisser Dieu opérer en elle, elle ne subit pas la conception virginale comme on subit une opération chirurgicale. Elle dit ce " Oui " qui sonne dans le texte grec comme un désir joyeux et empressé de collaborer librement à l'œuvre de Dieu.

La conception virginale n'est pas un prodige similaire aux récits mythologiques assez scabreux dont l'antiquité regorge. C'est la réponse libre d'une créature à son Créateur. Comment pourrait-il être digne de la naissance d'une personne humaine - et à plus forte raison du Seigneur Jésus - de ne pas être le fruit de la correspondance entre deux volontés unies dans un même amour ?

3. Ne nous attardons pas trop. Mais il faudrait encore prendre le temps de montrer combien tout ceci est cohérent avec les récits de l'enfance de Jésus.

Il faudrait aussi citer tous les passages qui, dans l'Écriture, attestent clairement de la conception et de la naissance virginales de Jésus. Et d'autant plus qu'un livre médiocre et grossier publié cette semaine se pare des apparences de la rigueur scientifique pour analyser ces textes d'une façon qui fait frémir les spécialistes de la Bible… Il faut dire qu'il est à la mode de moquer la virginité de Marie !

Laissons tout ceci à une autre fois. Retenons simplement pour l'heure que la virginité physique de Marie est le signe du don de son cœur à Dieu, la réponse libre et ferme d'une créature à l'appel de son Créateur.

" Le corps est le sacrement de la personne " écrit Jean-Paul II, c'est-à-dire qu'il révèle et communique la personne. La virginité physique est donc le sacrement de la virginité du cœur. Et la virginité du cœur est don de soi. Marie est Vierge pour être Épouse, pour se donner totalement à Dieu. Sa virginité n'a de sens que parce qu'elle a une signification nuptiale.

4. Ce qui commence à cet instant dans sa vie, au jour de l'Annonciation, sera consommé au pied de la croix, où elle se tient aussi comme Vierge et Épouse. Dieu a pris tout son cœur, elle le lui a donné joyeusement, et elle en savait le prix : " Un glaive te transpercera le cœur " avait prophétisé Syméon…

Alors, chers frères et sœurs, comment s'étonner que cette âme et ce corps, unifiés par la grâce dans don total au Seigneur Dieu, soient pris ensemble dans la gloire du ciel ? Il y a là une profonde convenance. Non pas une démonstration mathématique, mais une convenance, que nos cœurs peuvent percevoir s'ils sont sensibles au mystère de la vie de Marie dans son unité symphonique.

La séparation de notre âme et de notre corps - la mort - est la conséquence de notre péché, force de dispersion qui fait qu'une grande part de nous-mêmes n'appartient pas à Dieu, lui est soustrait. Nous mettons toujours quelque chose de côté, en cachette, comme de petits resquilleurs qui se croient malins !

En Marie, pas une fibre, pas une parcelle qui ne soit à son Seigneur. Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit préservée de cette séparation de l'âme et du corps qui est le lot des fils d'Adam qui vivent en eux cette division, cette intime fracture - même pour les plus saints.

La Vierge Marie est tout à Dieu. C'est ce qui est manifesté de façon éclatante dans le mystère de l'Assomption. Demandons par son intercession la grâce de l'être nous-aussi. Comme disait saint François d'Assise : " Seigneur, je vous en prie, que la force brûlante et douce de votre amour absorbe mon âme… "

Amen.