Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie pour le dimanche du Bon Pasteur (4ème dimanche de Pâques)

1. Quel bien nous font nos prêtres ? - Je dis " nous " car pour moi aussi la grâce passe par la bouche et la main des prêtres. Pas plus que vous je ne peux m'absoudre moi-même. Pas plus que vous je ne peux me donner Dieu à moi-même.

Ce n'est pas un bien qui leur serait en quelque sorte extérieur. C'est un bien qui nous vient du plus profond de leur être.

Et c'est pourquoi nous devons apprendre à ne pas porter sur eux un regard superficiel et mondain, en ne considérant que leur science, leur amabilité, leur humour, leur sens de l'organisation... toutes choses bonnes, certes, et utiles à l'annonce de l'Évangile, mais qui ne sont pas le secret le plus intime d'une vie de prêtre. Un prêtre à succès n'est pas un prêtre saint. Ou plus exactement, la sainteté et la fécondité d'un prêtre ne se mesurent pas à son succès.

Nous devons apprendre à porter sur nos prêtres un regard de foi, qui sache déceler, au-delà des apparences, le bien mystérieux qui se communique de leur âme à notre âme. Bien imperceptible aux étourdis et aux bavards qui se satisfont de petites discussions de parvis.

2. Au jour de son ordination sacerdotale, lorsque le prêtre nouvellement ordonné reçoit de son évêque le calice et la patène avec lequel il célèbrera la messe tout au long de sa vie, il s'entend dire : " Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ".

Cette injonction fait écho à ce que l'évêque lui a demandé au seuil de la célébration : " Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au souverain prêtre Jésus-Christ qui s'est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? - Oui, je le veux, avec la grâce de Dieu ".

La clef d'une vie de prêtre, c'est cette union mystérieuse à la croix de Jésus, le Bon Pasteur, qui a pris sur ses épaules nos pesantes vies. Une prêtre ne nous donne pas seulement, et pas d'abord, ses talents, son temps, les pieuses paroles que nous recueillons sur ses lèvres. Un prêtre nous donne sa vie, au point que nous pouvons dire de lui ce que saint Paul dit de Jésus : " Il m'a aimé et il s'est livré pour moi ".

C'est pour cette raison que le célibat de nos prêtres nous est un bien si précieux. Pourquoi, chers amis, n'y a-t-il pas de place dans le cœur d'un prêtre pour une femme qu'il chérisse ? Parce que nous occupons déjà le terrain. Son cœur est pris, et tout son être. Son cœur est donné. Et il nous aime de cet amour exclusif, définitif, total que les époux se promettent au jour de leur mariage.

Comprenez-vous que lorsque la porte de leur presbytère se ferme sur nous, lorsque la porte de leur chambre se referme sur eux, et que là, seuls, ils prient leur Père présent dans le secret, ce sont nos péchés, nos souffrances, nos peines et toutes nos vies qu'ils présentent au Père. Leur cœur est comme un livre ouvert aux yeux de Dieu, et tous nos noms y sont inscrits. Et de même que Jésus dit de ses brebis que personne ne pourra les arracher de sa main, nous pouvons dire de nos prêtres que personne ne pourra nous arracher de leur cœur.

C'est toute leur vie qui est une prière, une intercession, un sacrifice offert pour nous. Et leur célibat en est, encore une fois, la marque.

3. Quand on a compris cela, chers amis, on ne peut plus parler des prêtres de la même manière, on ne peut plus porter sur eux le même regard. Et je suis, sur ce chapitre, aussi coupable que vous...

Ce ne sont pas des héros. Ils n'ont rien d'exceptionnels. Il y a souvent dans vos vies plus de souffrance que dans la leur, plus de courage et plus de sainteté aussi.

Nous pouvons les juger tièdes, paresseux, bougons, incompétents, peu disponibles. Nous pouvons contester ce qu'ils disent et leur manière de le dire - ce n'est jamais le moment, jamais le ton qu'il faut, etc. Nous pouvons râler sur leur façon de nous accueillir, de nous dire bonjour ou pas. Très bien. Tout cela est très juste. Mais n'oublions jamais ce qu'ils ont sacrifié pour nous. Et cela, même si la médiocrité les a vite rattrapés - et je suis bien placé pour savoir que l'on est vite rattrapé par la médiocrité...

[Mgr Charles et son prédécesseur]

4. Demandons à nos prêtres le bien que Dieu a préparé pour nous dans leur âme. Ils nous donnent Dieu, ils nous donnent le salut, par leur union à Jésus, notre unique Sauveur. Ils le font mal, ils en sont indignes. Mais le bien qu'ils nous font, nous ne pouvons le recevoir que d'eux. De leur bouche, de leurs mains, et - puis-je ajouter maintenant - de leur cœur. Si ce n'est pas d'eux que nous le recevons, nous ne le recevrons de personne.

Il ne s'agit donc pas de les admirer. Il s'agit de porter sur eux un regard de foi, qui respecte et honore le mystère de leur vie, dont nous ne soupçonnons que très imparfaitement ce qu'il est.

Si notre regard ne change pas, si notre manière de parler des prêtres ne change pas, aucun des jeunes qui sentent en eux l'appel de Dieu ne tentera l'aventure. Car aucun ne comprendra - et nous en serons responsables (Cf. Mc 9, 42) - la beauté de cette vocation, la densité de son mystère et son poids d'amour. Aucun ne pressentira la joie immense qu'il y a à être prêtre. Joie que la conscience de nos insuffisances et de notre indignité ne diminue aucunement...

Amen.