Foi et Contemplation

Les prêtres

Homélies

Homélie pour le Dimanche du Bon Pasteur (4ème dimanche de Pâques)

1. Vous et moi sommes bien pauvres face au problème de la crise des vocations. En un sens, nous n'y pouvons pas grand'chose. Cependant, je vous propose que nous fassions aujourd'hui un peu plus que nous lamenter.
Tout d'abord, prions, avec insistance, « afin que le maître de la moisson envoie des ouvriers pour la moisson ». Mais, ensuite, interrogeons-nous sur les conversions auxquelles nous sommes appelées afin d'enlever les obstacles que nous mettons à l'action de la grâce dans le cœur de nombreux jeunes par nos attitudes. Par soucis d'économie, je ne retiendrai que trois points très concrets.

2. Chers amis, comment parlons-nous des Pasteurs de l'Église, pape, évêques et prêtres ?
Il ne semble pas possible que des jeunes perçoivent le mystère très profond qu'est une vie de prêtre s'il ne nous entend parler des pasteurs de l'Église qu'avec le ton critique et mondain que nous nous connaissons si souvent.
Il n'est pas possible qu'un jeune saisisse ce qu'est le sacerdoce, si notre regard sur les pasteurs de l'Église, leur enseignement et leurs décisions, ne devient pas authentiquement surnaturel, c'est-à-dire un regard de foi.
Nombres de nos jugements ne manquent pas de bon sens, mais ils sont trop superficiels pour être selon Dieu. On ne regarde pas l'Église comme on regarde une société purement humaine : l'Église est avant tout un mystère. Et la politique, et la mesquinerie, et l'incompétence, et le péché des hommes d'Église ne changeront rien au fait que l'Esprit-Saint est le seul Maître à bord, à travers ceux-là même que nous décrions.
Si nous ne convertissons pas notre regard et nos paroles, nous n'obtiendrons jamais les prêtres que nous attendons. Nous serons au contraire une occasion de scandale pour ces jeunes qui, peu habitués à regarder l'Église et ses pasteurs avec un regard de foi, ne sauront percevoir le sens profond d'une vie sacerdotale (Cf. Mc 9, 42).
Aimons nos prêtres. Non pas pour leur science, leur humour, leur bonne gueule, leur gentillesse ou leur sens de l'organisation. Mais pour le bien que nous recevons à travers leurs gestes et leurs paroles.

3. Chers amis, que demandons-nous aux pasteurs de l'Église ?
Au jour de son ordination sacerdotale, lorsque le prêtre nouvellement ordonné reçoit de son évêque le calice et la patène avec lequel il célèbrera la messe tout au long de sa vie, il s'entend dire : « Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ».

Cette injonction fait écho à ce que l'évêque lui a demandé au seuil de la célébration : « Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au souverain prêtre Jésus-Christ qui s'est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? - Oui, je le veux, avec la grâce de Dieu ».
Que demandons-nous aux prêtres ? Si nous lui demandons autre chose que de nous donner Dieu, de nous donner le salut, nous nous trompons d'adresse. Et si nous ne savons pas reconnaître que c'est au prix de sa vie, livrée comme celle du Christ, que le prêtre nous la donne, alors nous n'avons rien compris à ce qu'est le prêtre. « Conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur »... « Consacrez-vous à Dieu avec le souverain prêtre Jésus-Christ pour le salut du genre humain »...

Là encore, si nos jeunes ne nous voient pas demander aux prêtres, attendre d'eux ce qui est la raison d'être de leur ministère, qui est un ministère de médiation entre Dieu et les hommes, alors ils ne pourront jamais comprendre ce qu'est un prêtre. Et je puis vous assurer qu'ils ne choisiront pas le célibat et les souffrances d'une vie aux contours flous, pensée en termes bricolés et inconsistants. Ils penseront faire aussi bien en étant de saints laïcs engagés dans la vie de l'Église. Et s'ils pensent cela, c'est que nous n'avons pas su leur apprendre ce qu'est un prêtre... Donnons-leur la chance de percevoir la beauté de cette vocation, au-delà même des infidélités et des médiocrités des prêtres qu'ils côtoient - et j'en suis.
Comme l'écrivait Claudel dans un texte bouleversant : « Le plus grand honneur, sans comparaison, qui soit au monde, est de faire du bien. Quel sort plus heureux que celui du prêtre, dont la vie entière se passe à faire du bien ? Quel bien ? Pas celui du corps, qui est incertain, passager et stérile. Mais celui de l'âme qui est certain, durable et contagieux ».

4. Chers amis, quelle est la place de l'eucharistie dans notre vie ?
Au cœur de la vie du prêtre, comme l'indiquait si clairement les paroles du rite de l'ordination sacerdotale que je citais à l'instant, il y a la célébration de la messe. « Ceci est mon corps livré pour vous... », « Ceci est mon sang versé pour vous... » dit le prêtre, uni à la personne de Jésus au point de ne faire plus qu'un avec lui. Avec le Seigneur Jésus, le prêtre se donne à l'Église, corps et âme. Et ce don de lui-même trouve sa plus haute expression et en même temps sa forme dans la célébration de la messe.
Comment nos jeunes pourraient-ils percevoir le mystère d'une vie dont le cœur est le sacrifice eucharistique si nous ne sommes pas auprès d'eux les témoins - encore plus par notre exemple que par nos paroles - de ce qu'est la messe ? On ne peut rien comprendre à la vie d'un prêtre si l'on ne comprend rien à la messe...

5. Chers amis, celui qui vous parle doit lui aussi s'interroger sur la manière dont il parle des pasteurs de l'Église, sur ce qu'il leur demande et sur la place de l'eucharistie dans sa vie. Et le résultat de son examen de conscience sera sans doute encore moins brillant que le vôtre !
Alors mettons-nous ensemble humblement à la tâche. Convertissons-nous, pour être toujours plus les instruments dociles de la grâce de Dieu, qui agit dans le cœur de tant de jeunes et ne manquera pas, si nous lui sommes fidèles, de conduire à leur terme les vocations dont notre monde a besoin.
Sachons montrer à ces jeunes qu'être prêtre est une grâce immense, qui emplit le cœur d'une immense gratitude. Sachons leur montrer aussi la joie que nous éprouvons lorsque le Seigneur nous donne ses prêtres.

Amen.