Foi et Contemplation

Marie

Prier Marie

Maintenant et à l'heure de notre mort

Prologue

Souvent notre prière va naturellement à Marie à tout instant de notre vie et tout à fait inconsciemment parfois. Dès qu'un souci, une inquiétude, un péché même traverse notre existence, instinctivement nous nous réfugions auprès de Marie.

À plus forte raison pour la plus grande de nos inquiétudes, la plus inévitable de nos échéances, la dernière épreuve qui viendra couronner notre vie. Pouvons-nous sans crainte l'aborder avec Marie qui n'a pas connu notre mort pour pouvoir mieux nous protéger de la nôtre ? Oui, c'est notre foi, notre espérance.

Si tout au long de notre vie nous avons appris à faire confiance en la Vierge Marie, notre Mère, alors ces "exercices répétés" nous apprendrons à nous jeter dans ses bras sans hésiter quand viendra le moment de notre mort.

Écoutons Sainte Bernadette qui avait la soif de Dieu, la nostalgie du Ciel : "Le Ciel ! Le Ciel !" murmurait-elle quelquefois. "On dit qu'il y a des saints qui n'y sont pas allés tout droit parce qu'ils ne l'avaient pas assez désiré ; pour moi, ce ne sera pas mon cas." -"Allons au Ciel, travaillons, souffrons pour le Ciel, aimait-elle à redire, tout le reste n'est rien."
(Extraits du livre "Bernadette la confidente de l'Immaculée" de Mère Marie-Thérèse Bordenave)

Si cette si belle âme trouvait en elle de tels accents n'était-ce pas parce qu'elle avait vu Marie à Lourdes et qu'elle en gardait une insondable nostalgie. Ce qui nous est promis est tellement au dessus de ce que nous pouvons espérer.

" Je veux voir Dieu, le voir de mes yeux " chantons-nous devant le Saint Sacrement... est-ce à dire que nous ne sommes pas pressés ? Ne devons nous pas chaque jour demander la grâce que cette journée qui s'offre à nous nous prépare à la rencontre la plus importante de toute notre existence sur terre et au ciel.

Pour notre méditation voici deux textes de Christine Ponsard (récemment partie vers le Père) et Rolande Faure toutes deux furent ou sont éditorialistes à Famille Chrétienne.
vous pouvez consulter ces textes et d'autres encore à l'adresse suivante : http://www.edifa.com/edifa/public_html/ (Sélectionner archives puis, dans la case recherche taper à l'heure de notre mort)

O fait ! redoutons-nous ou désirons-nous le Retour de Notre Sauveur ?

Soleil levant sur ceux qui gisent dans la mort,
Tu es venu pour que voient ceux qui ne voient pas,
Et tu guéris l'aveugle-né.
O viens, Seigneur Jésus !
Lumière sur le monde ;
Que nous chantions pour ton retour. F 97

Prière du Père Jérôme Moine cistercien de l'abbaye de Sept-Fons qui a fait sa Pâque en 1985.

 

Maintenant, et à l'heure de notre mort.

Nous demandons à la Vierge Marie de prier pour nous "maintenant et à l'heure de notre mort". Ces deux moments sont en effet ceux de la rencontre avec Dieu.

Christine Ponsard

Maintenant, c'est aujourd'hui. Dieu se donne à moi en ce moment. Il s'est donné hier, Il se donnera demain ; mais hier n'est plus, demain n'est pas encore. Ce qui est le moment réel de la rencontre avec Dieu, c'est l'instant présent.

Si, au lieu d'être présent au présent, je rumine nostalgie du passé, regrets et remords, je passe à côté du réel où Dieu m'attend. Il en va de même si je me projette constamment dans un avenir hypothétique en oscillant entre espoir et angoisse.

Certes, s'il n'avait ni passé ni avenir, l'homme serait déraciné : hier et demain ont leur importance ; mais ils ne sont plus, ou pas encore, le moment de la rencontre avec Dieu. "Dieu enfouit notre passé dans le cœur du Christ, et de notre futur Il va prendre soin".
(Lettre de Taizé, 1994)

Le passé appartient à la miséricorde, l'avenir à la Providence : à moi de vivre le présent où Dieu m'attend.

Maintenant, c'est immédiatement. Dieu se donne à moi sans délai. Quel que soit mon péché, quel que soit le chemin que j'ai suivi jusqu'ici, quel que soit mon état de vie, quelles que soient mes dispositions intérieures, Dieu m'invite à Le rencontrer tout de suite. Il ne me dit pas : "Je t'aimerai quand tu seras baptisé, quand tu te seras réconcilié avec ton époux, quand tu auras appris à me connaître, etc.", mais : "Je t'aime, ici et maintenant, tel que tu es". Il ajoute : "Et toi ? Veux-tu répondre à cet amour en te laissant aimer sans attendre ?"

Bien sûr, le Malin n'a pas du tout envie que je me laisse aimer par Dieu de cette manière. Il va donc m'inciter à différer ma réponse, ou à émettre des réserves : "Oui, Seigneur, je suis d'accord sur le principe, mais pour la mise en pratique, on verra plus tard".

Si je demande à la Vierge Marie de prier pour moi "maintenant", c'est justement pour que je ne me laisse pas séduire par le Malin.

Nous ne connaissons pas l'heure de notre mort. Mais une chose est sûre : nous mourrons tous. Quand ? Comment ? Dieu seul le sait. Ce peut être dans plusieurs dizaines d'années ou dans quelques secondes, avec une paix profonde ou au prix d'une difficile agonie, à la suite d'un accident brutal ou après de longs mois de combat contre la maladie.

De toute façon, il s'agit de ne pas rater ce rendez-vous, cette rencontre décisive où chacun de nous choisira pour l'Éternité d'accueillir ou de refuser l'amour de Dieu.

Le moment venu, nous n'aurons peut-être pas le temps de nous préparer, de demander pardon à Dieu, de Lui dire notre amour, de mettre en ordre nos affaires et de nous réconcilier avec nos frères. Alors, c'est maintenant qu'il faut y penser.

Notre mort est d'actualité, même si elle ne survient pas aujourd'hui, ni dans un avenir proche (ce que, de toute façon, nous ignorons). Pourquoi ? Parce que ce qui sera en jeu à ce moment-là est l'abandon entre les mains de Dieu : or, c'est dès à présent que nous sommes appelés à cet amour confiant. Et puisque nous ignorons si nous serons conscients ou pas au moment de mourir, si la souffrance ne nous écrasera pas au point de nous ôter toute capacité de réfléchir, si la mort ne viendra pas nous surprendre de manière imprévisible, pourquoi ne pas dire dès maintenant au Seigneur ce que nous aimerions Lui dire à ce moment-là ?

Préparer sa mort n'a jamais fait mourir personne. Et la regarder en face ne signifie pas se complaire dans de sombres pensées, mais vivre dans la vérité en acceptant notre condition d'homme mortel.

Nous prions Marie pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres, notamment pour ceux qui nous sont confiés de manière toute particulière : notre conjoint, nos enfants, nos filleuls, etc. Nous remettons dans les mains de Marie leur vie présente, et cette heure ultime du grand départ.

Nous voudrions être constamment auprès de ceux que nous aimons pour les protéger de tout danger... et nous ne le pouvons pas. Marie, elle, sera toujours là, comme un rempart solide contre le Mal. En lui demandant de prier pour nos enfants (et tous les autres) "maintenant et à l'heure de leur mort", nous les abritons sous le manteau de sa maternelle tendresse. C'est le plus sûr des refuges.

 

À l'heure de notre mort.

Lorsque nous pensons à notre mort, gardons confiance en Dieu qui nous a créés et qui veille sur nous.

Rolande Faure

La mort se rappelle souvent à notre souvenir, surtout à travers les nouvelles du monde et les faits divers. Mais si nous sommes dans la force de la jeunesse ou dans la plénitude d'une vie adulte active, ces informations altèrent peu notre existence, même quand elles alimentent notre prière. L'énumération quotidienne des victimes de guerres, d'actes de violence ou de catastrophes naturelles, peut même produire une certaine insensibilité.

Mais plus nous avançons en âge, plus nous connaissons le déchirement que représente la mort d'êtres chers. Notre propre expérience nous rend davantage attentifs à ces victimes dont nous parlent les médias. Nous pensons alors à notre mort, et plus souvent encore quand nous vivons dans la solitude.

Si ces réflexions nous paraissent trop austères ou inopportunes, si toutes ces mauvaises nouvelles nous perturbent trop, mieux vaut éteindre radio et télévision. Il est bon d'arrêter le flot des "infos" pour goûter pleinement tous nos bonheurs quotidiens en commençant par celui d'être un vivant ! Notre premier devoir n'est-il pas de reconnaître que nous sommes appelés par Dieu à la vie et qu'à tout âge, nous sommes précieux à ses yeux ?

C'est rendre hommage à notre Créateur que de continuer à veiller à notre santé et à prendre soin de notre corps, ce merveilleux instrument.

Poursuivons aussi, sans nous lasser, notre croissance intérieure en nourrissant notre esprit par l'intérêt porté à notre monde avec un cœur ouvert et aimant. Nous avons à faire fructifier nos talents dans l'action de grâce, conscients du mystère que nous sommes. "C'est Toi qui m'as formé les reins, qui m'as tissé au ventre de ma mère ; je Te rends grâce pour tant de mystères : prodige que je suis, prodige que tes œuvres" (Psaume 138).

C'est le temps des souvenirs : pourquoi ne pas évoquer tous ces moments où nous avons bien perçu dans notre parcours les délicatesses de la Providence ?

Certes, nous ne savons ni le jour ni l'heure où nous serons appelés à passer sur l'autre rive, mais nous croyons que Jésus est ressuscité, que Marie, notre Mère, a revêtu son corps glorieux. La mort n'a pas le dernier mot.

Peut-être est-ce le temps de relire l'Écriture pour augmenter et fortifier notre Foi. Alors, "bien que l'homme extérieur en nous se détruise, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour" (2 Co 4, 16).

Si nous croyons que dès l'instant de notre conception nous avons été appelés et façonnés par un Père qui nous aime, nous ne pouvons pas oublier que nous ne sommes jamais seuls, à aucun moment, sur ce chemin de durée variable, mais limitée, qui nous conduit à la Vie. Que notre passage se fasse rapidement ou au terme d'une longue maladie, par accident ou par usure de notre corps, nul doute que des frères de notre entourage, proche ou non, nous accompagneront.

Il reste que nous serons seuls pour franchir ce seuil invisible. Et nous savons combien il est douloureux de ne pouvoir accompagner ceux que nous aimons à cet instant ultime. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle-même, s'interrogeait : "Qu'est-ce que cette séparation mystérieuse de l'âme et du corps ?" Soyons sûrs qu'alors le Ciel prendra le relais de la Terre. Ne disons-nous pas à chacun de nos Ave : "Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous maintenant et à l'heure de notre mort" ?

Alors, n'entretenons pas d'inquiétude inutile, freinons notre imagination toujours prête à construire des scénarios improbables, mais tenons-nous prêts en vivant pleinement le temps qui nous est accordé.

Et si vraiment l'idée d'une mort solitaire nous fait peur, faisons nôtre cette prière à la Sainte Vierge trouvée dans le bréviaire du Père Daniel Brottier (1876-1936) : "À l'heure de ma mort, ô Marie que j'aurai tant de fois invoquée, soyez près de ma couche. Soyez-y comme y serait ma mère si elle vivait encore. Peut-être que ma langue paralysée ne pourra plus prononcer votre nom, mais mon cœur le redira toujours. Je vous appelle maintenant pour ce moment redoutable. Serai-je seul, expirant loin de tout secours, seul sans une main aimée pour me fermer les yeux, je mourrai souriant, parce que vous serez là. Je l'espère, je le crois, j'en suis sûr".

 

Prière à Marie du Père Jérôme

Moine cistercien de l'abbaye de Sept-Fons (Allier)

« Durant ma vie vous m'avez tenu par la main, ô ma Mère. Se pourrait-il qu'à cette heure-là je sente vos doigts se dénouer et votre main me lâcher ? Certes non ! Si votre main souveraine quittait ma main, ce serait certainement pour saisir un pan de votre manteau et m'en couvrir.
Mère de mon long cheminement et Mère à mon instant suprême, oui, enveloppez-moi dans la retombée de votre manteau durant ce court moment, après lequel, sûr d'avoir passé la porte, je me dégagerai soudain pour vous faire entendre mon rire. Le rire de l'enfant, qui rit, qui rit, parce que, par les soins de sa Mère, il a tout réussi. »