
Homélie de Jean-Paul II
pour la béatification de Frère André (1845 -1937)
Le dimanche 23 mai 1982, le Saint-Père proclamait solennellement cinq bienheureux.
« Et nous, nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est Amour : celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (l Jn 4, 16)...
Cet Amour, le Saint-Esprit l'a multiplié et allumé comme un brasier dans le cœur d'hommes et de femmes comme nous, humbles et pauvres, mais pleinement « fidèles à son nom. ». L'Esprit leur inspire la confiance totale en Dieu, mais aussi le vrai courage pour aller avec une constante cohérence à la rencontre des pauvres, des malades, des jeunes qui ont besoin d'éducation, des âmes abandonnées. Il est vrai que « jamais personne n'a vu Dieu » (1 Jn 4, 12); mais le signe le plus efficace et révélateur de sa présence parmi les hommes est proprement l'amour, tel que le pratiquent sans réserve ses meilleurs fidèles (cf. ibid 4, 20). Les contemporains des nouveaux bienheureux ont été frappés par les fruits de leur Sainteté. Et aujourd'hui, l'Église reconnaît solennellement que ces Bienheureux « demeurèrent en Dieu. », et elle propose leur exemple à la méditation et à la vie concrète de tous les baptisés qui trouvent en eux un nouveau point de référence pour leur propre témoignage chrétien...
Voici le passage concernant particulièrement Frère André
Nous vénérons dans le bienheureux Frère André Bessette un homme de prière et un ami des pauvres; mais d'un tout autre style, à vrai dire étonnant.
L'œuvre de toute sa vie - sa longue vie de quatre-vingt-onze ans - est celle d'un serviteur pauvre et humble : « Pauper, servus et humilis », comme on a écrit sur sa tombe. Travailleur manuel jusqu'à vingt-cinq ans, en ferme, à l'atelier, à l'usine, il entre ensuite chez les Frères de Sainte-Croix, qui lui confient, durant presque quarante ans, le service de portier dans leur collège de Montréal; et enfin pendant presque trente autres années, il reste gardien de l'Oratoire Saint-Joseph à proximité du collège.
D'où lui vient alors son rayonnement inouï, sa renommée auprès de millions de personne. Une foule quotidienne de malades, d'affligé de pauvres de toutes sortes, de ceux qui sont handicapés ou blessés par la vie trouvaient auprès de lui, au parloir du collège, à l'oratoire, accueil, écoute, réconfort et foi en Dieu, confiance dans l'intercession de Saint Joseph, bref, le chemin de la prière et des sacrements et avec cela l'espérance et bien souvent le souagement manifeste du corps et de l'âme. Les « pauvres » d'aujourd'hui n'auraient-ils pas tout autant besoin d'un tel amour, d'une telle espérance, d'une telle éducation à la prière ?
Mais qu'est-ce qui en donnait la capacité au Frère André ? Dieu s'est plu à doter d'un attrait et d'un « pouvoir » merveilleux cet homme simple, qui, lui-même, avait connu la misère d'être orphelin au milieu de douze frères et sœurs, était resté sans argent, sans instruction, avec une santé médiocre, bref, démuni de tout, sauf d'une grande confiance en Dieu. Il n'est pas étonnant qu'il se soit senti tout proche de la vie de Saint Joseph, le Travailleur pauvre et exilé, si familier du Sauveur, que le Canada et spécialement la Congrégation de Sainte-Croix ont toujours beaucoup honoré. Le Frère André a dû supporter l'incompréhension et la moquerie à cause du succès de son apostolat. Mais il restait simple et jovial. En recourant à Saint Joseph et devant le Saint-Sacrement, il pratiquait lui-même, longuement et avec ferveur, au nom des malades, la prière qu'il leur enseignait. Sa confiance dans la vertu de la prière n'est-elle pas une des indications les plus précieuses pour les hommes et les femmes de notre temps, tentés de résoudre leurs problèmes en se passant de Dieu ?