Foi et Contemplation

Jeanne Jugan

Jeanne Jugan

Sommaire - « précédent - suite »

Jeanne Jugan,
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres

7. Un touriste anglais et un journaliste français parlent de Jeanne

Revenons un peu en arrière. Au début d'août 1846, Jeanne et Marie Jamet ont donc pris possession, à Dinan, d'une vieille tour abandonnée.

Trois semaines plus tard, un touriste anglais frappa à leur porte : il venait pour voir Jeanne Jugan.

Il a publié ensuite un récit de sa visite. En voici la traduction partielle :

" Il fallait, pour approcher de l'appartement qu'elles occupaient, gravir un escalier tournant et difficile ; l'étage en était bas, les murs nus et rudes, les fenêtres petites et grillées, de sorte qu'on se croyait dans une caverne ou dans une prison ; mais ce triste aspect était un peu égayé par la lueur du feu et par l'air de contentement des habitants de ce lieu (...).

" Jeanne nous reçut d'un air bienveillant (...). Elle était simplement mais proprement vêtue d'une robe noire, d'un bonnet et d'un mouchoir blancs ; c'est le costume adopté par la communauté. Elle paraît avoir près de 50 ans, sa taille est moyenne, son teint bruni, et elle semble usée, mais sa physionomie est sereine et pleine de bonté ; on n'y remarque pas le plus petit symptôme de prétention ou d'amour-propre. "

Une véritable interview se déroula alors entre ce touriste - qui était aussi un homme de bien, occupé précisément à créer un hospice de vieillards - et Jeanne Jugan. Avec simplicité, elle répondit à ses questions.

" Elle ne savait pas un jour, dit-elle, d'où lui viendraient les provisions du lendemain, mais elle persévérait, avec la ferme persuasion que Dieu n'abandonnerait jamais les pauvres, et elle agissait d'après ce principe certain : que tout ce que l'on fait pour eux, on le fait pour Notre Seigneur Jésus Christ.

" Je lui demandai comment elle pouvait distinguer ceux qui méritaient vraiment d'être secourus ; elle me répondit qu'elle recevait ceux qui s'adressaient à elle et qui paraissaient les plus dénués ; qu'elle commençait par les vieillards et les infirmes comme étant les plus nécessiteux, et qu'elle s'informait chez leurs voisins de leur caractère, de leurs ressources, etc.

" Pour ne pas laisser dans l'oisiveté ceux qui pouvaient encore s'occuper à quelque chose, elle leur faisait effilocher et carder de vieux morceaux d'étoffe, puis filer la laine qu'ils en retiraient ; ils arrivaient ainsi à gagner six liards par jour...

Chambre de cet appartement, situé rue du Centre
Le manoir de Tour sur la commune de Saint-Pern, tel que le connurent en 1856 les premières Petites Sœurs.

" Le 22 août 1846, trois semaines après son arrivée dans la vieille tour près de la porte de Brest (à Dinan), j'eus le bonheur de voir en ce lieu Jeanne Jugan... Il fallait pour approcher de l'appartement.., franchir un escalier tournant et difficile ; l'étage en était bas, les murs nus et rudes, les fenêtres petites et grillées... "

Relation d'un visiteur anglais

Ils faisaient aussi d'autres ouvrages, selon leurs possibilités, et recevaient un tiers du petit gain obtenu.

Jeanne détailla alors ce qu'elle pouvait attendre des différents fournisseurs : les denrées encore bonnes mais moins faciles à vendre.

" Je lui ai dit qu'après avoir parcouru la France, elle devrait venir en Angleterre nous apprendre à soigner nos pauvres ; elle me répondit que, Dieu aidant, elle irait si on l'y invitait.

" Il y a dans cette femme quelque chose de si calme et de si saint qu'en la voyant, je me crus en la présence d'un être supérieur, et ses paroles allaient tellement à mon cœur que mes yeux, je ne sais pourquoi, se remplirent de larmes.

" Telle est Jeanne Jugan, l'amie des pauvres de la Bretagne, et sa seule vue suffirait pour compenser les horreurs d'un jour et d'une nuit passés sur une mer houleuse. "

Deux ans plus tard, un journal de Paris publia un article sur Jeanne et son œuvre : l'Univers, de Louis Veuillot.

Le grand journaliste catholique avait eu l'occasion de visiter la maison de Tours récemment fondée. Peu après, il s'était trouvé à l'Assemblée Nationale, lors d'une discussion sur le droit à l'Assistance inscrit dans le préambule de la Constitution de 1848 - qu'il n'aimait pas.

Au sortir de cette séance, il écrivit un vibrant article pour présenter aux parlementaires, dit-il, " un personnage plus savant en socialisme que vous ne l'êtes tous " : il s'agissait de Jeanne Jugan.

" Elle aimait les pauvres parce qu'elle aimait Dieu. Un jour, elle pria son confesseur de lui enseigner à aimer Dieu davantage encore. " Jeanne, lui dit-il, jusqu'à maintenant vous avez donné aux pauvres ; maintenant, partagez avec eux " (...). Jeanne, le soir même, avait une compagne, ou plutôt une maîtresse (...) ".

L'article relatait ensuite la visite de Veuillot à la maison de Tours : " J'ai vu des vêtements propres, des visages gais et même des santés charmantes. Entre les jeunes sœurs et ces vieillards, il y a un échange d'affection et de respect, qui réjouit le cœur...

" Les religieuses s'astreignent en tout au régime de leurs pauvres, et il n'y a nulle différence, sinon qu'elles servent et qu'ils sont servis... Tout arrive à point pour les besoins du moment. Au souper, rien ne reste, au déjeuner rien ne manque. La charité a donné la maison. Lorsque survient un pensionnaire, elle envoie le lit et les vêtements. " (l'Univers, 13 septembre 1848).

L'Univers avait une assez large diffusion : l'article de Veuillot contribua à faire connaître l'œuvre des Sœurs des Pauvres.

Sommaire - « précédent - suite »