Foi et Contemplation

Jeanne Jugan

Jeanne Jugan

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Jeanne Jugan,
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres

3. Un temps de pause et de maturation
(1824-1839)

Jeanne trouva à point un nouvel emploi, qui lui fut en même temps un répit bienfaisant : une certaine Mlle Lecoq, de vingt ans son aînée, et qui était sans doute elle aussi membre du tiers ordre, la prit comme servante et comme amie. Toutes deux vécurent pendant douze années une vie commune meublée par la prière, les tâches domestiques d'une existence modeste, la présence aux pauvres, la catéchèse des enfants. Elles participaient chaque jour à la messe, se faisaient mutuellement la lecture, parlaient familièrement de Dieu.

Mlle Lecoq était attentive à la santé de sa compagne, l'obligeait à se ménager, prenait soin d'elle.

Elles vivaient avec leur peuple les bons et les mauvais jours. Et il y eut des jours de misère, en particulier les années 1825-1832 : à la suite d'une grave crise financière à Londres en 1825, de mauvaises récoltes en France les années suivantes, beaucoup de gens connurent la faim. On vit augmenter le nombre des mendiants, et même des hommes sans travail errant par bandes dans la campagne. A Saint-Servan, le nombre des nécessiteux s'accrut encore... Toutes deux y étaient attentives, et prenaient part généreusement aux efforts collectifs déployés pour soulager les détresses.

Mais la chère Mlle Lecoq tomba malade et, en juin 1835, elle mourut. Elle laissait à Jeanne ses meubles et une petite somme d'argent.

Pour vivre, Jeanne se mit à faire des journées de travail dans des familles de Saint-Servan qui recouraient à elle : ménage, lessive, service de garde-malade... Des liens d'amitié se créèrent ainsi avec un certain nombre de personnes ; ces relations furent par la suite très précieuses à Jeanne et à ceux avec qui elle allait lier son destin.

Jeanne devint l'amie d'une femme nettement plus âgée qu'elle, Françoise Aubert, ou Fanchon. Mettant en commun leurs ressources, elles louèrent un logement au centre de Saint-Servan : deux pièces à l'étage et deux autres aménagées sous les combles (Cette maison existe encore et est devenue lieu de pèlerinage). Là, les deux compagnes menèrent une vie rythmée par la prière, assez semblable à celle que Jeanne menait avec Mlle Lecoq. Fanchon filait à la maison ; Jeanne continuait ses journées à l'extérieur.

Mais bientôt, une troisième vint s'adjoindre à elles : une toute jeune fille de 17 ans, une orpheline, nommée Virginie Trédaniel. Celle-ci semble être entrée sans peine dans l'existence priante de ses deux aînées. A partir de cette année 1838, elles vont mener toutes les trois -. 72, 46 et 17 ans ! - une vie commune régulière, que la mort seule interrompra.

Jeanne était de plus en plus attentive aux pauvres gens qui l'entouraient à Saint-Servan, mais que faire ? Elle se sentait impuissante devant cette immense et multiple détresse...

Etait-ce assez de se laisser blesser dans son cœur ? Ne faudrait-il pas se laisser blesser dans sa chair ? Ne faudrait-il pas, avec une sorte de folie, partager même le nécessaire, même le chez-soi ? Est-ce que ce ne serait pas cela, aimer ?

C'est ce pas-là que Jeanne va maintenant franchir, et elle ne reviendra pas en arrière.

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