Foi et Contemplation

Jeanne Jugan

Jeanne Jugan

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Jeanne Jugan,
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres

2. Premiers pas vers les pauvres
(1817-1823)

En 1817, Jeanne, âgée de 25 ans, quitta Cancale et sa famille. Ses deux sœurs étaient mariées et seraient bientôt mères de famille. Elle-même avait fait un autre choix ; elle laissa à ses sœurs une partie de ses vêtements, " tout ce qu'elle avait d'élégant et de joli ", nous dit-on, et elle partit à Saint-Servan se mettre au service des pauvres. Elle voulait être pauvre avec eux.

De fait, la ville de Saint-Servan était très déshéritée. Presque la moitié de la population était inscrite au Bureau de Bienfaisance, et de nombreux mendiants assiégeaient les quelques familles plus aisées.

Jeanne entra comme infirmière à l'hôpital du Rosais, trop petit pour accueillir les détresses qui s'y réfugiaient. Car un hôpital, alors, c'était davantage un refuge pour toutes les misères qu'un haut lieu de la science médicale ; et une infirmière n'avait de formation que ce qu'il fallait pour préparer des tisanes, faire des pansements, poser des cataplasmes...

Pendant six ans environ, Jeanne se dévoua auprès des trois cents malades qui s'entassaient là, avec trente-cinq enfants trouvés ou abandonnés. Parmi ces pauvres gens " teigneux, galeux, vénériens ", avec des moyens très insuffisants, le travail était rude, épuisant. Jeanne s'y donna de tout son cœur. On raconte qu'en plus, elle consacra ses moments libres à des initiatives apostoliques ; c'est ainsi qu'elle aurait pris à part un infirmier pour le catéchiser.

Elle était soutenue par une foi vive. Lors d'une mission qui ranima la vie chrétienne à Saint-Servan en 1817, on créa des congrégations destinées à favoriser une entraide spirituelle, à stimuler la prière et la réflexion chrétienne. Jeanne s'inscrivit à la congrégation des jeunes filles.

Un peu plus tard, elle entra dans un groupement plus exigeant, ce " tiers ordre " eudiste (ou Société du Cœur de la Mère admirable) qu'elle avait sans doute entrevu dès son enfance par les personnes de foi qui l'avaient catéchisée.

Les femmes qui composaient cette société menaient une sorte de vie religieuse à la maison, et s'assemblaient régulièrement pour des réunions de prière et de partage. Elles s'imposaient une discipline de vie et de prière quotidienne. Elles trouvaient surtout là une tradition spirituelle forte, venue de saint Jean Eudes : l'appel à un christianisme du cœur, l'initiation à une foi personnelle et libre, relation vivante avec Jésus Christ.

Tout y reposait sur le baptême, dont on renouvelait chaque année les engagements. On cherchait à entrer en communion de pensée, de sentiments, d'intentions, avec le Cœur du Christ et celui de sa Mère, qui ne sont qu'un. " On a toujours sur soi, disait la règle, un petit crucifix : on le prend dans ses mains, on l'embrasse, on le médite ; et il parle à notre cœur... "

Les membres de ce groupe apprenaient la liberté intérieure, à base d'" abnégation de leur propre volonté " - afin de savoir aimer en vérité. " Une véritable fille du très saint Cœur de Marie (...) ne demande point à aller à l'église, aux cérémonies religieuses, lorsque sa présence est nécessaire ailleurs (...). D'une charité tendre et active, qui s'étend jusqu'où elle peut (...), elles aiment les pauvres, les simples, parce que Jésus-Christ et la sainte Vierge les ont aimés... "

Jeanne fut membre de ce tiers ordre pendant une vingtaine d'années, et il semble qu'elle en ait été profondément marquée. L'esprit du groupement se retrouve dans la première règle ou les usages des Petites Sœurs des Pauvres, surtout sous ses aspects de communion vivante avec Jésus, et de renoncement à soi-même, chemin vers la liberté intérieure.

Mais nous avions laissé Jeanne à l'hôpital du Rosais, au milieu de ses pauvres malades, dans un grand dénuement de moyens. Au bout de six années, ayant dépassé les limites de ses forces, elle se trouva épuisée et dut quitter son travail.

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