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Jeanne Jugan,
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres
13. Sa mission continue
" On va vous parler de moi, laissez tomber, le bon Dieu sait tout. " Dernier conseil de Jeanne, le 19 mars 1876, à une jeune sœur, professe depuis trois jours, qui va quitter La Tour Saint-Joseph pour Saint-Servan.
S'effacer, être oubliée, Jeanne n'a pas d'autre ambition. A sa mort, cette ambition semble réalisée.
Et pourtant ! En 1894, celle qui est appelée à guider la congrégation après la mort de Marie Jamet entreprend d'en faire écrire l'histoire. Ce premier travail de recherche historique paraît en 1902. Il a été précédé, trois ans auparavant, par une brève notice nécrologique de Jeanne Jugan : elle y est reconnue comme " la première Petite Sœur et fondatrice ".
Avec la restitution de " son œuvre ", la mission posthume de Jeanne commence : elle ira s'amplifiant au cours des années. En 1935, les nombreux témoignages de ses contemporains font penser le moment venu d'ouvrir, à Rennes, le procès informatif sur sa réputation de sainteté. L'année suivante, les restes de Jeanne sont transportés du cimetière de la communauté à la crypte de la chapelle. La seconde guerre mondiale vient interrompre la procédure ; il faudra attendre juillet 1970 pour introduire la cause à Rome. Tous les témoins oculaires ont alors disparu. Le procès apostolique devra donc porter un jugement sur l'héroïcité des vertus de Jeanne à partir d'un travail historique. Celui-ci est terminé en février 1979, présenté à Jean-Paul II, et le décret d'héroïcité des vertus est promulgué le 13 juillet suivant, six semaines avant le centenaire de la mort de Jeanne Jugan.
Trois ans plus tard, le caractère médicalement inexplicable d'une guérison est reconnu : Antoine Schlatter, résident de la maison des Petites Sœurs des Pauvres de Toulon (France), atteint de la maladie de Raynaud à un stade avancé, et menacé de l'amputation d'une main, a été subitement guéri au cours d'une neuvaine de prière par l'intercession de Jeanne Jugan.
En la proclamant " Bienheureuse ", le 3 octobre 1982, l'Église proposait Jeanne Jugan en exemple à notre temps.
Quel est donc son message ? Un siècle et plus après sa mort, peut-il être encore actuel ?
Précurseur dans le domaine de l'action apostolique et sociale, voici un siècle et demi, Jeanne eut un sens humain et évangélique du " grand âge " qui n'est pas lié à son époque.
Par son œuvre hospitalière au service des personnes âgées pauvres, établie aujourd'hui dans trente et un pays, elle nous invite à considérer dans l'optique de Dieu la place et le rôle des aînés dans nos sociétés modernes, leur insertion dans la famille et dans l'Église, l'apport unique de cet âge, ses richesses comme ses difficultés (cf. Jean-Paul II :
Mais le message de Jeanne Jugan ne s'arrête pas là. Une personne qui l'a bien connue a dit que son caractère particulier était " la louange de Dieu ". Contredite, humiliée, en butte aux adversités, " elle allait toujours louant Dieu ".
Cette louange prenait racine dans sa foi. Pauvre avec les pauvres, heureuse de l'être, Jeanne faisait une confiance absolue à la bonté paternelle de Dieu, s'abandonnait aux chemins de sa Providence, se savait une servante inutile et proclamait sa joie de " tout attendre du bon Dieu ".
Jeanne Jugan est un appel à vivre les Béatitudes aujourd'hui. Sa mission continue. Une mission authentifiée par le pape Jean-Paul II en présence de milliers de pèlerins venus à Rome célébrer sa béatification.
" La lecture attentive de la “Positio” sur les vertus de Jeanne Jugan, comme les récentes biographies consacrées à sa personne et à son épopée de charité évangélique, m'inclinent à dire que Dieu ne pouvait glorifier plus humble servante ", soulignait Jean-Paul II dans l'homélie de la messe du 3 octobre 1982. " Jeanne, poursuivait-il, nous invite tous - et je cite les termes de la Règle des Petites Sœurs – “à communier à la béatitude de la pauvreté spirituelle, acheminant vers le dépouillement total qui livre une âme à Dieu”. Elle nous y invite beaucoup plus par sa vie que par les quelques paroles conservées d'elle et marquées du sceau de l'Esprit Saint (...). Dans sa longue retraite à La Tour Saint-Joseph, elle exerça certainement sur de nombreuses générations de novices et de Petites Sœurs une influence décisive, imprimant son esprit à la Congrégation par le rayonnement silencieux et éloquent de sa vie. A notre époque, l'orgueil, la recherche de l'efficacité, la tentation des moyens puissants ont facilement cours dans le monde et parfois, hélas ! dans l'Eglise. Ils font obstacle à l'avènement du royaume de Dieu. C'est pourquoi la physionomie spirituelle de Jeanne Jugan est capable d'attirer les disciples du Christ et de remplir leurs cœurs de simplicité et d'humilité, d'espérance et de joie évangélique, puisées en Dieu et dans l'oubli de soi... "
Après avoir médité sur l'actualité du message spirituel de Jeanne Jugan, Jean-Paul II mettait en lumière le message apostolique non moins actuel qu'elle nous a également laissé.
" On peut dire qu'elle avait reçu de l'Esprit comme une intuition prophétique des besoins et des aspirations profondes des personnes âgées (...). Sans avoir lu et médité les beaux textes de Gaudium et spes, Jeanne était en accord secret avec ce qu'ils disent de l'établissement d'une grande famille humaine où tous les hommes se traitent comme des frères (n. 24) et partagent les biens de la création selon la règle de la justice, inséparable de la charité (n. 69) (...). Dès les premières années, la Fondatrice a voulu que sa Congrégation, loin de se limiter à l'Ouest de la France, devienne un véritable réseau de maisons familiales, où chaque personne soit accueillie, honorée, et même - selon les possibilités individuelles - promue à un épanouissement de son existence (...). L'Église tout entière et la société elle-même ne peuvent qu'admirer et applaudir la merveilleuse croissance de la toute petite semence évangélique jetée en terre bretonne (...) par la très humble Cancalaise, si pauvre de biens, mais si riche de foi !... "
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| « Demeurez dans l'admiration et l'action de grâce,
à cause de la bienheureuse Jeanne,
à cause de sa vie si humble et si féconde,
véritablement devenue un des nombreux signes de la présence de Dieu dans l'histoire... »
(Jean-Paul II au cours de l'audience accordée le 4 octobre 1982 aux “pèlerins de Jeanne Jugan”.) |
« Signe de la présence de Dieu dans l'histoire ».
Que cette parole du pape éclaire la route de ceux et celles qui ont mis leur confiance en Jeanne Jugan, l'humble Petite Sœur Marie de la Croix !
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