
Jeanne Jugan,
Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres
1. La fille d'un pauvre marin
(1792-1816)
Une petite maison basse au toit de chaume, au sol de terre battue ; un hameau sur les hauteurs qui dominent la baie de Cancale en Bretagne (France) ; voilà le cadre où naquit Jeanne Jugan le 25 octobre 1792.
1792 : cette date évoque des événements dramatiques.
Quelques semaines plus tôt, deux cents prêtres ont été massacrés à Paris parce qu'ils refusaient de prêter le serment exigé par le pouvoir révolutionnaire ; et quelques mois après, le roi Louis XVI sera guillotiné. Déjà, on pressent que l'Ouest de la France va se soulever pour défendre ses traditions, et ce sera, pendant sept ou huit ans, une dure guerre civile.
Comme beaucoup d'autres églises, celle de Cancale sera fermée, transformée en magasin à fourrage. Ces événements difficiles vont marquer l'enfance de la petite Jeanne.
Elle sera éprouvée aussi par la mort prématurée de son père. Il était absent lors de sa naissance : parti en mer, pour plusieurs mois, à la grande pêche. D'autres fois, il ne partira pas alors qu'il aurait dû s'embarquer pour gagner un peu d'argent ; mais sa mauvaise santé l'en empêchait. Alors il fallait que la maman travaille, fasse des journées de lessive pour nourrir les enfants - huit en tout, dont quatre sont morts en bas âge. Et puis, un jour, quand Jeanne avait trois ans et demi, le père est reparti ; et il n'est pas revenu. On l'a attendu longtemps, mais il a bien fallu accepter cette quasi-certitude : il avait péri en mer.
La petite Jeanne apprit de sa maman à faire les travaux ménagers, à garder les bêtes, à prier. Il n'y avait plus de catéchisme organisé, mais beaucoup d'enfants, à cette époque, ont été catéchisés en secret par des personnes de leur voisinage, qui avaient acquis une foi personnelle et responsable dans une sorte de tiers ordre fondé par saint Jean Eudes au XVII siècle. En ces années difficiles, les membres de cet institut, vivant leur vie laïque comme une consécration au Christ, jouèrent un rôle considérable dans la transmission de la foi. C'est sans doute grâce à elles que Jeanne apprit à lire, et parvint à une connaissance nette de la foi chrétienne. Plus tard, elle entrera elle-même dans ce groupement.
Vers 15 ou 16 ans, Jeanne fut placée, comme aide-cuisinière, dans une famille des alentours. La maison, qui existe encore, s'appelait la Mettrie-aux-Chouettes. La petite arriva là, toute timide, mais prête à apprendre et à bien faire son nouveau métier. Il semble que Mme de la Chouë l'accueillit affectueusement et l'entoura de sympathie. Au fil des années, elle lui voua même une grande admiration.
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| Cancale : Au hameau des Petites-Croix, chaumière où naquit Jeanne Jugan, le 25 octobre 1792. Clocher de l'église Saint-Méen où Jeanne fut baptisée ce même jour. |
Car Jeanne ne fut pas seulement employée à la cuisine : elle fut associée au service des pauvres. Elle alla visiter des familles indigentes, des vieillards isolés. Elle apprenait, déjà, le partage, le respect, la tendresse et combien il faut de délicatesse pour ne pas humilier ceux qui ont besoin d'être aidés.
Dans ces années-là, un jeune homme la demanda en mariage ; selon l'usage, elle le pria d'attendre. Et elle continua son service, qui était aussi pour elle une école, où elle s'affina. Un peu plus tard, en 1816, eut lieu à Cancale une grande mission : après la terrible tempête de la Révolution, il y avait à reconstruire la foi et l'Église. Jeanne y participa. C'est alors qu'elle décida de se réserver pour le service de Dieu : elle ne se marierait pas. Elle le fit savoir à son prétendant.
Elle ne connaissait rien de l'avenir. Et pourtant, un obscur pressentiment, peut-être, l'habitait. En tout cas, elle dit un jour à sa mère : " Dieu me veut pour lui. Il me garde pour une œuvre qui n'est pas connue, pour une œuvre qui n'est pas encore fondée. "