
Le Héraut de l'Amour Divin
LIVRE TROISIÈME
La vierge Gertrude, à cause de sa grande humilité, n'a pas écrit elle-même ce troisième livre ni les suivants; mais on peut dire plutôt qu'elle les a dictés, car, forcée par un ordre divin, elle révéla à une docte vierge ce que celle-ci devait écrire. Gertrude se trouvait indigne de raconter elle-même ces grâces célestes, car elle croyait les perdre et les négliger. C'est pourquoi elle voulut qu'une autre les mît en lumière, afin que Dieu reçût un digne hommage de louanges et d'actions de grâces, par toutes les âmes qui connaîtraient (pour cet unique motif) les secrets divins. Elle pensait retirer d'un bourbier une perle précieuse et l'enchâsser dans l'or en révélant à d'autres la, dons de le Bonté divine, car le Seigneur recevrait ainsi, pensait-elle, une gloire et des actions de grâces qu'elle désespérait de jamais pouvoir lui rendre elle-même. A ces raisons néanmoins se joignit l'autorité des supérieurs, obligeant l'une à faire connaître ses révélations, et l'autre à les écrire.
Ce troisième livre est tout rempli d'instructions et de consolations. Il contient grand nombre de pieux exercices dans lesquels chacun, selon son état, peut apprendre comment il doit servir Dieu et lui plaire ; comment il doit offrir à Dieu le Père les, mérites et le fruit de la Passion de son Fils pour l'expiation de ses péchés et de ses fautes, et s'approprier les mérites du Sauveur ; comment encore il doit aimer Dieu de tout son cœur; avec quelle dévotion il doit recevoir les sacrements, et enfin comment il doit toujours se tenir prêt à se conformer au bon plaisir de Dieu. Toutes ces choses et beaucoup d'autres du même genre contenues dans ces livres, sont l'expression continuelle de l'amour de Dieu envers ses élus. Cet amour rend en ces derniers temps le seigneur si compatissant à la faiblesse humaine qu'il nous prodigue, pour ainsi dire avec autant d'abondance que de miséricorde, et ses dons, et ses saints, et lui-même sans aucune réserve, pourvu que notre bonne volonté se montre disposée à tout recevoir. Continue donc, lecteur, tu ne regretteras pas d'avoir lu ces pages.
Sa grande humilité et surtout une forte impulsion de la divine volonté l'obligèrent à faire connaître ce qui suit à une autre personne. Elle se trouvait trop indigne pour répondre à la grandeur des dons de Dieu par une reconnaissance suffisante ; aussi, après les avoir manifestés à une autre, elle s'en réjouit pour la gloire de Dieu, parce qu'il lui semblait que cette perle précieuse de la grâce avait été retirée de la boue pour être enchâssée dans un or éclatant. Ce fut donc par ordre des supérieurs que cette personne écrivit les pages suivantes.
1. Avec ce livre troisième commence la deuxième partie, de l'œuvre de sainte Gertrude, qui fut achevée vingt ans après la réception des premières faveurs, c'est-à-dire en 1301, comme nous l'avons dit dans le prologue du premier livre. (Note de l'édition latine.)