Foi et Contemplation

Sainte Gertrude

Sainte Gertrude

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Le cœur de Sainte Gertrude
un cœur selon le Cœur de Jésus

Introduction

“Dès que le nom du bienheureux Joseph fut entendu, tous les Saints inclinèrent leurs fronts vers l'Époux de la Vierge-Mère, et du regard ils le félicitaient, se réjouissaient avec lui de sa dignité incomparable.”

(Insinuation. divin. pietat., lib IV, cap. 12)

Il a plu à Notre-Seigneur de déclarer que le cœur de sainte Gertrude est pour lui une délicieuse demeure ; et l'Église donne une autorité fort grande à cette révélation privée, lorsque, dans l'office de la Sainte, elle la mentionne en ces termes : " Afin de manifester le mérite d'une épouse qui lui est si chère, Jésus-Christ a attesté qu'il réside au cœur de Gertrude, comme en une délicieuse demeure. " - L'oraison de la fête reproduit, et avec une autorité plus décisive, l'approbation de l'Église : " O Dieu, y est-il dit, ô Dieu, qui vous êtes préparé dans le cœur de Gertrude un délicieux séjour, etc. "

Le cœur de sainte Gertrude est donc, aux yeux de l'Église, un temple, un sanctuaire, un tabernacle de Jésus-Christ, et, dès lors, la piété chrétienne ne s'égare point ; elle est, au contraire, assurée de s'instruire et de s'édifier, en faisant de ce cœur l'objet d'une étude attentive.

Mais, dira-t-on, Jésus, le Père céleste, le Saint-Esprit, habitent et demeurent dans le cœur de tous les Saints : ils demeurent, Notre-Seigneur l'affirme, dans toutes les âmes, dans tous les cœurs où la charité est vivante : pourquoi donc l'Église nous signale-t-elle, au nom de Dieu, le cœur de Gertrude comme une demeure de Jésus-Christ ?
Ce ne peut être, évidemment, qu'à raison d'un privilège singulier dont Jésus a daigné honorer le cœur de son épouse. Gertrude est, en effet, privilégiée entre les épouses de Jésus-Christ [1], Il suffit, pour s'en convaincre ; de lire les paroles suivantes, toutes sorties du Cœur de Jésus et adressées à Gertrude :

" Je t'ai choisie pour habiter en toi, et pour. trouver en toi mes délices "[2].

" En toi je veux amasser mes trésors, réunir les richesses de mes grâces ; et si quelqu'un désire et cherche ces biens, je veux qu'il puisse les trouver en toi "[3].

" Je fais pour toujours de ton cœur un canal uni à mon Cœur. Par toi s'épancheront, dans les âmes humbles et confiantes qui les demanderont à ton cœur, les flots de consolation divine qui découlent du mien "[4].
" Tout ce qu'une âme espérera obtenir par ton entremise, très certainement elle l'obtiendra "[5].
" Je veux me revêtir de toi : cachée sous ce voile protecteur, ma main pourra saisir les pécheurs et leur faire du bien, sans être blessée par leurs aiguillons. Je veux aussi te revêtir de moi, afin de communiquer le même honneur et les faveurs qui l'accompagnent à tous ceux que tu rapprocheras de moi, en les rappelant à ta mémoire "[6].
" Je l'atteste par ma divine puissance, je ne veux me complaire en aucune créature, sans me complaire, en même temps, en toi. Mon amour s'est uni à toi par des nœuds tellement enlacés, que je ne veux pas vivre heureux sans toi "[7].

" Tu peux me donner des ordres en reine, en souveraine : je serai plus prompt à écouter tes commandements ou tes désirs, que ne le fut jamais un serviteur pour obéir à sa dame  "[8].

Telles sont, entre beaucoup d'autres semblables, les paroles que sainte Gertrude elle-même déclare avoir entendues de la bouche de Jésus-Christ. Les suivantes, adressées aussi par Notre-Seigneur à des âmes qu'une sainte amitié liait à Gertrude, ne surprendront pas maintenant le lecteur :

" C'est être assuré de me trouver, que de me chercher au Sacrement de l'autel, ou dans l'âme et dans le cœur de mon épouse bien aimée Gertrude "[9].
" Son âme m'est tellement chère, que j'en, ai fait, mon refuge. Là je me cache et me console des outrages que m'ont faits les hommes "[10].
" Je suis tout à elle : l'amour m'a fait son captif, et il l'a unie à moi, comme le feu unit, en les fondant, le lingot d'argent au lingot d'or "[11].
" Elle est un lis que j'aime à tenir à la main ; elle est ma rose embaumée "[12].
" Le cœur de Gertrude est comme un pont très sûr pour arriver à moi, sans chute et sans vertige "[13].
Enfin, une prière du Cœur de Jésus à son Père céleste résume et couronne toutes ces louanges :
" O Père saint, je veux, pour votre gloire éternelle, que le cœur de Gertrude épanche sur les hommes les trésors enfermés dans mon cœur humain "[14].

On n'en saurait douter, après avoir entendu ces accents de l'amour d'un Dieu, le cœur de Gertrude est un cœur privilégié ; Gertrude est une épouse plus aimée que beaucoup d'autres. Mais quel peut être le secret des prédilections de Jésus-Christ ? - L'Église nous aide à le découvrir, quand elle dit que Notre Seigneur, avant de résider au cœur de Gertrude, s'y est préparé une demeure à son gré ; et Gertrude elle même nous révèle pleinement le secret, en nous manifestant, dans tous leurs détails, les industries amoureuses de Jésus, qui firent du cœur de l'épouse un cœur digne de l'Époux.

Étudier, contempler dans les écrits de sainte Gertrude le travail commun de son âme et de l'amour de Jésus-Christ, tel est l'objet de ce livre. Plus que d'autres, cette traduction fera tort à l'original qu'elle essaiera de reproduire. mais, nous l'espérons, le livre sera encore intéressant et utile. Intéressant, car on y verra partout le cœur de sainte Gertrude, et le lecteur trouvera toujours aimable celle que Jésus a tant aimée. Le livre sera utile : les leçons que Jésus donnait à Gertrude conviennent à tous les chrétiens, et Jésus ne saurait manquer de se préparer une délicieuse demeure dans le cœur de celui qui les écoutera comme le fit Gertrude.
C'est d'ailleurs pour nous que sainte Gertrude a écrit ou dicté les leçons de Jésus, et elle ne l'a fait que pour obéir à Jésus :

" Je ne pouvais, dit elle, me résoudre à céder, en ce point, au désir du Seigneur ; mais il me dit un jour : Tu ne sortiras pas de ce monde, que tu n'aies achevé d'écrire… Je l'exige : je veux que tes écrits soient pour les derniers temps, un gage de ma divine bonté : par eux, je ferai du bien à un grand nombre… tandis que tu écriras, je tiendrai ton cœur près du mien, et j'y instillerai goutte à goutte ce que tu devras dire… "

Quand le livre fut achevé, Jésus se montra à sainte Gertrude, et lui dit : " Ce livre est mien, et je l'ai imprimé au fond de mon Cœur : là, chacune de ses lettres s'est imbibée de la douceur de ma divinité, et quiconque, à ma gloire, le lira avec une humble dévotion, en retirera du fruit pour le salut éternel de son âme ".
" Pour le salut de tous, je change, à la Messe, le pain et le vin en mon Corps et en mon Sang : ainsi, en quelque manière, j'ai consacré ce livre par ma bénédiction, afin qu'il procure le salut à ceux qui voudront le lire avec humilité et dévotion ".
" Il n'est pas dans ce livre une lettre qui ne me charme : de chacune d'elles s'exhale pour moi l'ineffable suavité du parfum de ma miséricorde… Ce livre est mien, je le bénis ; je le décore des roses de mes cinq plaies, je le scelle des sept dons du Saint Esprit, comme d'autant de cachets qui établissent ma propriété, et nul ne pourra le dérober de mes mains "[15].

Notre-Seigneur a donné au livre de sainte Gertrude des titres à la fois mystérieux et révélateurs ; il l'appelle : Les Insinuations de la Bonté divine, Insinuationes divinæ pietatis ; - le Mémorial de la Bonté divine, Memoriale divinæ pietatis ; - le Messager de la Bonté divine, Legatus divinæ pietatis. On verra que cette Bonté divine, qui se révèle partout dans le livre de sainte Gertrude, c'est le Cœur de Jésus ; de sorte que ce livre est vraiment un MESSAGER DU CŒUR DE JESUS, envoyé aux âmes pour réveiller en elles la mémoire de son amour, et insinuer en elles ses divines influences.

Sous le titre commun de Insinuationes divinæ pietatis, on a publié un tome en cinq livres. dont un seul, le second, fut écrit de la main de sainte Gertrude.

Les trois derniers livres ont été dictés par sainte Gertrude, ou écrits sous sa direction ou par ses ordres. La preuve irrécusable en est fournie au chapitre xxxv du cinquième livre, qui commence par ces mots : " Quand ce livre fut ainsi terminé, Jésus lui apparut… " - Puis viennent les promesses divines que nous avons rapportées plus haut.

La secrétaire de la sainte a raconté les derniers moments et la mort de l'épouse de Jésus-Christ.

La matière du présent volume est puisée principalement dans le premier, le second et le troisième livre des Insinuations.

Le premier livre contient une notice biographique sur sainte Gertrude et le tableau abrégé de ses vertus. L'auteur de ce livre fut, pendant plusieurs années, confident intime de la sainte [16].

Dans le second livre, sainte Gertrude elle-même, et dans le troisième livre une dépositaire des secrets de son âme exposent les faveurs que Jésus accorda à la Sainte, les enseignements qu'il lui donna pour préparer son cœur à la grâce de l'union parfaite.

Nous avons emprunté au cinquième livre le récit de l'heureuse fin de sainte Gertrude.

Tout est miel exquis, dans le livre de Gertrude. Nous nous sommes donc souvenu du conseil de l'Esprit Saint : " Si tu trouves du miel, mange ce qui te suffit. Il n'est pas bon de manger beaucoup de miel. "

Il eût été facile de réunir d'illustres témoignages en faveur des écrits d'une Sainte, que Thérèse de Jésus et François de Sales ont honorée et aimée comme leur Mère spirituelle ; mais le culte dont ils sont l'objet dans l'Église rend ce soin moins utile : l'Église elle même proclame que Gertrude a été favorisée d'admirables révélations divines, et que ses nombreux écrits sont l'aliment de la piété chrétienne [17].

Nous n'essaierons pas non plus de démontrer que rien, dans les merveilleuses communications qu'il plut à Jésus-Christ d'établir entre son Cœur et le cœur de Gertrude, ne doit répugner à la pieuse croyance du lecteur. Ce livre s'adresse à des âmes pour qui le jugement de l'Église a plus de valeur que toutes les dissertations : or, l'Église reconnaît qu'il plut à Jésus d'aimer ainsi son épouse Gertrude. Au reste, les vies de tous les Saints renferment des faits non moins merveilleux, et des esprits irréfléchis peuvent seuls s'étonner que le Dieu fait homme par amour pour l'homme se plaise à converser familièrement, dès la vie présente, avec ceux dont il est devenu le Frère, et qui sont appelés à converser familièrement avec lui durant une vie éternelle.

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