Foi et Contemplation

Sainte Gertrude

Sainte Gertrude

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Le cœur de Sainte Gertrude
un cœur selon le Cœur de Jésus

Chapitre 12 : Bienheureuse mort de Gertrude

Gertrude remplissait, depuis quarante ans et onze jours, la charge d'abbesse [31], quand elle fut frappée d'une attaque d'apoplexie, qui paralysa presque tout son corps et la retint ainsi dans la souffrance pendant vingt deux semaines. De tout ce temps, elle ne put articuler d'autre parole que ces deux mots : " Mon esprit, Spiritus meus. " Les Sœurs qui la servaient ne pouvaient comprendre, le plus souvent, ce qu'elle demandait ; car elle traduisait, indistinctement, tous ses désirs par les deux mêmes paroles : Spiritus meus, et ne pouvait, malgré tous ses efforts, réussir à dire un mot de plus. Mais Gertrude ne donna jamais le moindre signe d'impatience ; son regard conserva, jusqu'au dernier jour, cette sérénité que l'on avait tant admirée, et qui faisait dire : Les yeux de Gertrude sont des yeux de colombe. Lorsque, lassée de répéter Spiritus meus, elle voyait qu'on ne pouvait comprendre ce qu'elle souhaitait, l'aimable Sainte souriait avec tant de grâce, que les assistants devaient sourire comme elle, et elle gardait le silence.
Quand les étrangers ou les Sœurs entraient dans la cellule de Gertrude, la malade s'empressait de les saluer d'un regard et d'un léger mouvement de la main, que la paralysie avait épargnée. Puis, elle demeurait immobile, mais dans une paix qui se communiquait aux visiteurs et leur faisait sentir une impression de joie très douce, au point que personne ne se lassa jamais de demeurer près d'elle.
On lui apprit la maladie grave d'une religieuse du monastère : aussitôt elle voulut être portée jusqu'à la chambre de l'infirme, et ses gestes exprimèrent si vivement le désir de son cœur, que l'on y dut céder. Arrivée près de la malade, Gertrude lui témoigna sa compassion par des caresses maternelles, et la laissa consolée.
Lorsque le jour de l'agonie fut venu, une Sœur du monastère, celle même à qui Gertrude avait dicté le Livre des Insinuations, vit Jésus arriver près de la mourante. Le visage du Sauveur était rayonnant de joie ; à sa droite se tenait la bienheureuse Vierge ; à sa gauche, l'Apôtre bien aimé saint Jean. Autour d'eux se groupait une multitude d'Anges, de Vierges, de Saints. Les Vierges, surtout, étaient nombreuses, et tout le monastère en paraissait rempli.
On lisait, près du lit de la malade, le récit de la Passion. Quand on arriva à ces mots : " Il inclina la tête et rendit l'esprit, " Jésus se pencha vers Gertrude, il entr'ouvrit de ses deux mains son propre Cœur, et en épancha les flammes dans l'âme de Gertrude.

La communauté, poursuivant ses prières, disait à Notre-Seigneur : " Consolez la, comme vous consolâtes votre bienheureuse Mère, à l'heure de sa très sainte mort. " Jésus se tournant alors vers sa Mère, lui adressa ces paroles : " O Souveraine, ma Mère, dites moi quelle consolation vous reçûtes de moi, à cette heure, afin que je la communique à ma bien aimée ? - Ma consolation la plus douce, répondit Notre Dame, fut le refuge assuré que vous m'offrîtes entre vos bras. " Jésus promit de donner cette joie à Gertrude.

L'agonie dura tout le jour. Notre-Seigneur ne s'éloigna pas de Gertrude, et des Anges allaient et venaient, chantant près de la mourante, avec des accords ravissants : " Venez, venez, venez, ô Reine ; les délices du Paradis vous attendent. Alléluia ! Alleluia ! "
L'heure de la mort approchait. Jésus dit à Gertrude : " Enfin, il est venu le moment de donner à ton âme le baiser qui doit l'unir à moi ; enfin, mon Cœur pourra te présenter à mon Père céleste ! "
Au même instant, l'âme bienheureuse de Gertrude, rompant le lien qui l'attachait au corps, s'éleva vers Jésus, et pénétra dans le sanctuaire de son très doux Cœur [32].
Peu après, la sainte dépouille de Gertrude était exposée dans l'église du monastère. Le lendemain, à l'heure de la sépulture, la confidente de la Sainte vit une multitude d'âmes, délivrées des flammes du Purgatoire par le mérite de Gertrude, la rejoindre dans le ciel.
Les religieuses du monastère de Heldelfs ne pouvaient se consoler du départ de Gertrude. Jamais, dit l'historien de sa vie, personne ne fut aimé comme elle ; les jeunes filles mêmes, élevées dans l'enceinte de l'abbaye, des enfants, dont plusieurs avaient à peine sept ans, tenaient beaucoup plus à Gertrude qu'à leurs propres mères, et de longs jours après la sépulture de la Sainte, tous la pleuraient encore.
Dieu les consola par plusieurs communications célestes : une Sœur vit Gertrude debout devant le trône de Dieu ; elle disait : " O Souverain Bienfaiteur, je demande une grâce à votre bonté : chaque fois que mes filles iront visiter mon sépulcre, allégez leurs tristesses, leurs tentations, afin qu'à ce signe elles reconnaissent que je suis vraiment leur mère. "
Un autre jour, Gertrude était vue prosternée devant le trône de Dieu ; elle priait pour ses filles, et Jésus répondait : " Je tiendrai fixés sur elles les regards de ma miséricorde. "

Daignez, ô glorieuse et aimable Sainte, adopter pour enfants tous ceux qui, ayant lu le récit de votre vie, remercieront le Cœur de Jésus de vous avoir tant aimée ; dirigez vers leurs âmes, arrêtez sur elles les regards de la miséricordieuse Vierge Marie ; obtenez que, par son intervention toute puissante, le Cœur de Jésus laisse enfin tomber sur le monde les flots de grâce qui doivent le purifier de ses crimes et renouveler sa jeunesse, pour la plus grande gloire de Dieu ! Ainsi soit il.

DEO GRATlAS !

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