Foi et Contemplation

Sainte Gertrude

Sainte Gertrude

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Le cœur de Sainte Gertrude
un cœur selon le Cœur de Jésus

Chapitre 10 : Le zèle du cœur de Gertrude

L'abandon paisible du Cœur de Jésus au bon plaisir de son Père était l'acte suprême du zèle qu'il avait pour sa gloire : cet abandon constitue, en effet, le règne absolu de Dieu sur la volonté de l'homme ; mais Jésus voulait établir ce règne de Dieu dans toutes les âmes, et les sauver, en étendant le royaume de Dieu. Ce zèle du salut des âmes, qui dévora le Cœur de Jésus, brûla, comme une flamme, au cœur de son épouse Gertrude.

I

Ce fut le zèle des âmes qui la détermina à révéler les grâces les plus intimes dont le Seigneur la favorisa. On la vit, fréquemment, remettre à une autre heure son frugal repas, abréger le temps du sommeil, négliger le soin d'une santé débile, pour travailler au bien des âmes. L'oraison était pour elle un ciel anticipé ; mais, dès qu'une âme sollicitait le secours de sa charité, elle quittait l'oraison, abandonnait ses exercices les plus chers, et cela avec une allégresse de cœur qui rayonnait sur son visage.

Ses oraisons n'étaient guère, du reste, qu'une incessante prière qu'elle adressait à Dieu pour la sanctification croissante des justes et pour la conversion des pécheurs. Toujours patiente, affable, envers ceux que des défauts ou des vices empêchaient d'être pleinement à Dieu, elle ne pouvait cependant tolérer en eux ces défauts ou ces vices. On disait quelquefois à Gertrude : " Ne priez plus pour eux, ne leur donnez plus de conseils ! s'ils se damnent, vous n'aurez pas à répondre de leur damnation. - Ah ! répondait la Sainte, ces cruelles paroles me percent l'âme d'un glaive : j'aime mieux mourir que de jamais me consoler ainsi de la perte éternelle de mes frères ! "
Une des tristesses les plus habituelles et les plus profondes de son cœur était la pensée que tant de juifs, tant de païens vivaient et mouraient, peut être, sans avoir part aux largesses de la miséricorde divine

II

Gertrude priait et s'immolait pour la conversion des infidèles et des pécheurs ; mais son zèle le plus actif s'attachait à poursuivre la sanctification des âmes justes qui vivaient près d'elle, dans l'état religieux, et qu'elle était chargée de gouverner. Jésus s'était, un jour, montré à elle portant péniblement sur ses épaules une maison immense : " Tu le vois, disait il à son épouse, je suis écrasé sous le poids de cet édifice : c'est la Religion : l'édifice croule, aujourd'hui, de toutes parts, si peu d'âmes généreuses se rencontrent qui veuillent m'aider à le soutenir : ô ma bien aimée, compatis à ma lassitude. " Dès ce jour, la sainte épouse de Jésus se montra encore plus vigilante, pour maintenir l'observation de la règle dans le monastère, et s'appliqua à l'observer elle même avec une fidélité plus héroïque.

" Tout religieux, disait encore Notre-Seigneur à Gertrude, est obligé de travailler à la correction et à la sanctification de ses frères. Il doit leur donner de sages conseils, ou instruire les supérieurs des défauts qu'il remarque en eux, afin qu'il y porte remède. Que l'on se garde de s'excuser, en disant : Je ne suis pas chargé de corriger les autres, ou bien : Je ne vaux pas mieux qu'eux. Parler ainsi, c'est ressembler à Caïn, qui répondait à Dieu : Suis je donc chargé de veiller sur mon frère ? - C'est moi qui donne cette charge à tous les religieux, et s'ils laissent périr leurs frères, je leur demanderai compte de ces âmes, plus rigoureusement, quelquefois, qu'au supérieur lui même. Car le supérieur ne remarque pas toujours aussi aisément les défauts des religieux qu'il doit gouverner. Ne pas travailler à corriger les fautes de son frère, c'est en être complice : or, s'il est écrit : Malheur à celui qui fait le mal, il est aussi écrit : Malheur à celui qui consent au mal : Væ facienti, væ consentienti. "

Ces paroles de Jésus s'étaient profondément imprimées au cœur de Gertrude, et du vif sentiment qu'elles y avaient fait naître procédait l'énergie pénétrante de ses corrections. Sans oublier sa bénignité maternelle, elle donnait, au besoin, une telle vigueur à son accent, que les coupables tremblaient et les plus rebelles courbaient la tête.
Gertrude venait de corriger ainsi une des Sœurs qui lui étaient le plus chères, à cause de sa grande vertu : " Seigneur, disait, peu après, à Jésus Christ, la Sœur encore toute émue ; Seigneur, tempérez, je vous prie, ce zèle trop fervent de votre bien aimée Gertrude. - Quand je vivais sur la terre, répondit Jésus, la vue de l'iniquité allumait en moi le feu d'un semblable zèle. - Mais, reprit la Sœur, vous n'adressiez de dures paroles qu'à des hommes obstinés dans le mal. Gertrude est, quelquefois, sévère pour ceux mêmes que tous estiment et jugent bons. - Ceux d'entre les Juifs, répondit Notre Seigneur, qui s'élevèrent le plus contre moi, passaient, aux yeux de tous, pour de très saints personnages. "
Ainsi Jésus excitait son épouse à poursuivre jusqu'à l'ombre du mal dans l'âme des justes, et il lui révélait, en même temps, comment elle devait espérer de sa miséricorde le salut des plus grands pécheurs : la crainte et l'amour activaient ainsi, tour à tour, le zèle de Gertrude.
Un prédicateur venait de dire, en présence de Gertrude, que nul ne peut être sauvé, s'il n'a la charité ou, du moins, un repentir de ses péchés procédant, en partie, d'un motif d'amour de Dieu : " Hélas ! pensa aussitôt Gertrude, que deviendront tant de pécheurs, qui semblent ne se repentir, à l'heure de la mort, que par le motif de la crainte de l'enfer ? " Jésus répondit : " Quand je vois approcher du dernier moment ceux qui ont eu pour moi quelque bon sentiment, ou fait en mon honneur quelques bonnes œuvres, à l'instant même de la mort, et comme sur l'extrême frontière qui les sépare de l'autre vie, je me montre à eux avec un visage et des regards si doux et si tendres, qu'ils en sont touchés jusqu'au fond de l'âme, et ils produisent alors cet acte de repentir qui les sauve. Je voudrais que mes élus, en se souvenant de mes autres bienfaits, me rendissent grâces pour ce bienfait suprême de mon amour envers les pécheurs. "

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