Foi et Contemplation

Curé d'Ars

Curé d'Ars

100 paroles du Saint Curé d'Ars
sur la Miséricorde de Dieu

Préface

LA PATIENCE DU PÈRE

La spiritualité du Curé d'Ars est dominée par la conscience de l'éternité ! L'enjeu final d'une existence humaine n'est pas la réussite d'une carrière, le succès d'une entreprise, si noble soit-elle ; l'enjeu, c'est la vie définitive avec Dieu. Chaque instant nous en rapproche ou peut nous en éloigner ! La vie humaine est orientée vers ce terme, comme la fleur est tournée vers le fruit et le nuage vers la pluie.

Le mot qui revient le plus souvent, sur les lèvres de Jean-Marie Vianney, pour désigner cette réalité, c'est le "ciel". Il l'avait prononcé, ce mot, souvenez-vous, dans sa réponse au petit berger qui lui avait indiqué la direction du village d'Ars : "Tu m'as montré le chemin d'Ars ; moi, je te montrerai le chemin du ciel."

On n'en finirait pas de citer les passages où le Saint Curé, dans ses homélies, parle du ciel et de l'éternité. Il disait à "ses" paysans :

" Ah ! quand on est attaché à la terre, il ne fait pas bon s'en aller ; notre premier but est d'aller à Dieu, nous ne sommes sur la terre que pour cela. "

ou bien, en parlant de Dieu :

" Nous le verrons ! Nous le verrons ! oh mes frères ! oh, mes frères! Y avez-vous pensé ? Nous verrons Dieu ! Nous le verrons tout de bon ! Nous le verrons tel qu'il est ! face à face ! Nous le verrons ! Nous le verrons ! "

Et encore :

" Au ciel, notre cœur sera tellement perdu, noyé dans le bonheur d'aimer Dieu, que nous ne serons plus occupés ni de nous, ni des autres, mais de Dieu seul! "

" Au ciel, nous serons heureux du bonheur de Dieu et beaux de la beauté de Dieu même ! "

Si l'homme joue son éternité dans le temps, on comprend de quel sérieux est revêtue l'existence ; on comprend les heures passées en adoration par Jean-Marie Vianney pour demander, dans une supplication instante, la grâce de la conversion de sa paroisse ; on comprend aussi l'ascèse qui imprégnait toute sa vie, les jeûnes quotidiens qu'il s'imposait. Il s'agissait de se tenir en alerte pour prendre place dans un combat grandiose où le pasteur s'emploie à faire passer dans l'éternité tous ceux que la Providence lui a confiés. Véritable pèlerinage dont il ne fallait pas manquer le terme ! Éviter l'abîme, c'est-à-dire l'échec le plus impressionnant qui se puisse concevoir : manquer Dieu !

C'est sans doute la conscience de cet enjeu capital qui conduisit progressivement Jean-Marie Vianney à s'installer au confessionnal, au point d'y passer ses jours et ses nuits ! Car il savait d'expérience que c'est dans l'intériorité la plus secrète des consciences, que se livrent les combats les plus virulents ; c'est là que se prennent les décisions irréversibles, que s'opèrent les choix dont la portée est décisive.

Jean-Marie Vianney, témoin silencieux des aveux, des repentirs, des résistances comme des conversions bouleversantes, touche du doigt l'immense miséricorde du Père, toujours prêt à ouvrir ses bras au fils qui revient. Et quand l'enfant tarde à revenir, la miséricorde prend le visage de la patience. Comme dans la parabole, le Père se tient sur le seuil de la porte et scrute l'horizon dans l'attente du retour de l'absent ! La patience du Père est une forme de martyre par l'incertitude dans laquelle elle établit celui qui ignore encore l'issue de l'attente : le fils reviendra-t-il enfin à la maison ?

Jean-Marie Vianney a éprouvé quelque chose de ce martyre ; et c'est pourquoi il a accepté de se laisser emprisonner dans le confessionnal. Comment s'en étonner quand on connaît les premières confidences qu'il fit à sa mère et à sa tante sur sa vocation : "Si j'étais prêtre, je voudrais gagner beaucoup d'âmes à Dieu ".

Il y a ainsi une logique profonde qui anime et traverse toute l'existence de Jean-Marie Vianney. Il n'a jamais voulu qu'une chose : travailler au salut de tous les hommes dans la grâce du Christ. C'est pourquoi la patience de Dieu et sa miséricorde ont eu une telle place dans sa spiritualité et dans son ministère de prêtre.

Puissent ces pages, en mettant en contact direct avec les mots de Jean-Marie Vianney faire désirer au lecteur de partager la vie définitive avec Dieu et de prendre les moyens pour y parvenir. Le sacrement de la Réconciliation est un de ceux-là, nous dit le Saint Curé d'Ars.

Père Guy Bagnard,
Évêque de Belley-Ars